Hostilités

by Do-Ho-Suh

by Do-Ho-Suh

Aujourd’hui, je ne me suis pas rendue là-bas. Les planches auraient pu pourrir et leur parterre humain crouler au trou de l’enfer, rien ne respirait que l’envie sauvage de passer par les armes cette petite société idiocrate et ses fumées absurdes.  Rien qui importe encore au creux  d’un instant déjà trop long. Rien sur l’avant-scène que cette trombe de nerfs tirés de l’exaspération, et son diktat humoral.

L’introuvable silence.

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La prière du savoir vivre

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Aux aimables visiteurs qui font halte ici et goûtent la lecture de quelque page de poésie, je voulais rappeler que la plus élémentaire courtoisie, lorsque l’on souhaite partager un texte et le replanter sur ses terres, consiste à le greffer avec tout son matériel génétique. Si le corps du texte est certes celui qui retient l’attention, j’attirerais la vôtre sur le souci et l’importance de citer aussi ses références. Derrière un texte, il y a un éditeur, qui a réalisé un travail, opéré des choix, mis en valeur un auteur, pris des risques. Aussi me semble-t-il que la plus légitime et incourtournable des actions soit de rendre à César ce qui lui appartient en citant le nom de l’oeuvre et l’éditeur.

À cela, j’ajoute que partager le plaisir d’un poème, c’est aussi désirer que le lecteur enthousiaste puisse donner suite à son envie de découverte en dirigeant ses pas du poème au livre, du poème à l’auteur, du poème au delta de l’œuvre pourquoi pas.

Enfin, dans toute la mesure du possible, sauf en n’ayant pu par aucun moyen retracer l’auteur d’une photo ou d’une création, je m’attache à agir de même pour les illustrations, citant le photographe ou l’artiste, avec un site de référence. L’évidence est aussi là, cher copieur-colleur, de rendre hommage au travail de création et de diffuser l’œuvre.

Paul Valéry disait « qui veut faire de grandes choses doit penser profondément aux détails ». Voilà. Et ce sera top.

Merci d’avance.

VB

L’horloge

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Théâtre.

Rythmé au timbre d’un bronze d’horloge. Serait comme un vocable d’emprunt donnant sa voix de saison au dit de Novembre. Ce tintement régulier, arrondissant l’air de coups amortis, accrus à mesure qu’ils pincent le jour vers son rétrécissement. Un murmure traversier.

Il y a là une lente sérénité grise faisant décor au ciel, quand les eaux, passé l’été, ont cessé d’être providence et viennent mouiller de froid la marche aventureuse des passants. Parmi eux, l’étrangère main glissée dans ta paume, pas serrés, contigus, dans le cycle frappé de la pluie. À l’entour, les terrasses en leurs tentures, abris de fauteuils colorés, à peine évanouies de leur dernier soleil. Les voici qui s’effacent sous la poussée nouvelle des chalands que l’on dresse à la course de Noël ; d’année en année, avançant toujours un peu plus le compte à rebours, fleurissent, de rouges, d’ors et de bois, ces baldaquins voués à la promesse d’occuper l’avant-garde juteuse de l’hiver. Sommes-nous conquérants de haute lutte parlant leur exil ? Ou humbles passagers d’un train d’automne venus cueillir des fruits de patience… ?

La ville en ses airs feutrés de silence. Les dalles en contrepoint entonnent le claquement sec des talons, à suivre quelque zigzag amoureux au hasard de vieilles rues préservées du chaos. La faim au ventre et bientôt l’antre paisible et chaud d’une table à la cour d’un miracle. Opulence et mélodie : mais d’où vient que ce temps de la simplicité suffisait à combler parfaitement le battement des heures ? Mains et regards clairs où le rire prend d’assaut la parole, annihile le gris du dehors et se mêle de prolonger en un autre ailleurs le langage de la faim.

L’obscurité pouvait bien dérouler sa brume balayer son déluge baigner jusqu’à l’os les attardés de la fête, la pénombre aux clartés réverbères savait fort bien vivre des absents que nous étions. Et les vitres avalanchées de gouttes d’étoiles épiaient le râle de la nuit qui tisse d’inattendus sortilèges, syllabes énigmatiques échappées d’un chant blanchi d’ivresse. Levées jusqu’à l’aube, ces douceurs de feu que les peaux livrèrent au combat, en de singulières euphories paillardes mâchant leur langue susurrante, en motions unies jusqu’à la transe dans le balancier des heures.

Valérie Brantôme, On dit le temps

Jude Stéfan ~Mise à mort

Contre le mur
Patrick Devreux

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corps à corps
grinçant des dents
becs et ongles de –
bout frénétiques
Ils s’entre-prennent
contre le mur
cupides et rapaces
l’un tuant l’autre
puis le chevauchant
cloués au sol nus
crucifiés en
répit essouflé

Jude Stéfan [in Que ne suis-je Catulle en ses 80 poèmes, Contre-amours,
NRF Gallimard, 2010]

Noche

L’enchantement  tenait à ce que, ensemble,
nous instituions
des ailleurs exempts
des collusions du réel.

 Louis Calaferte, Le sang violet de l’améthyste

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Toi
qui parles au jour d’après,
vers quelle odyssée as-tu transporté ton élan ?

Tu mènes large un cercle en quadrature
où chaque angle dessiné objecte à l’autre
sa dissonance

Une peau d’étoffe cède à sa mue,
pénombre vice versa
la nuit tombe à son temps.

Quel caillou, quel éclat de météore alourdit
l’offensive des silences ?
Une longuerie à crever tous les regrets.

Instants de noir à profusion
l’aurore y médite son regain
quand bien même s’éteint la noce.

VB – 27  VI 2012