Pour une page d’encre lézarde

Photo © John Painter

Photo © John Painter

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La roue du récit : tout de rouille, enferrée dans l’idée aux doigts raides, et ce vieux regret d’inertie qu’on traîne encore à peine.

Par quelle loi soumettre le quelque chose qui couve en nous, à l’étouffée, convoquant de tacites correspondances à l’œuvre du dehors vers l’esprit, de l’esprit vers un dedans toujours cicatriciel ? Traduire le monde et tout ce qu’il porte d’inacceptable tombe dans l’heure vaine ; à qui bon vouloir en presser l’absurdité, ce n’est que boire à la coupe d’un suc nauséabond, au goût de fuite et de nuit amère.

Un pan de feuille nu, où régurgiter la blessure.

* * *

Frottement brusque — L’enfance qu’on mesure, une nostalgie lointaine qui cueille encore en souvenir le rouge vif de la groseille sous l’été, les doigts empourprés de la mûre des chemins, l’aïeul sévère qui t’apprît la pêche et la droiture, l’assiette de saveurs au goût de jardin du petit matin — Grand-mère, tendresse aimante.

Combien tu les aimes, ces joies bondissantes d’autrefois qui savent encore heurter la part surgelée du quotidien, le prêt-à-bouffer de la rentabilité, la ville anonyme et l’individu fantôme qui glisse sans sourire au rebord de tes pas.

Un pan de feuille nu, où jeter pêle-mêle l’instant anarchique. Et chercher par quels ininterprétables traits s’enfuit la part du moi réclamante, défaite, perdue de tristesse.

VB, Octobre présent

« Editus interruptus »

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Cet espace va faire l’objet d’une restructuration, compte tenu des dernières évolutions.
Je vais bientôt le mettre hors ligne un petit moment,
le temps de quelques bricolages internes, avant
qu’il ne renaisse de ses cendres.
Merci de votre patience.

VB

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Vortex

vortex

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Je voulais nommer, et tout se heurtait à la bouche, ressac retourné à la terre du dedans. Depuis cette parole toujours inaboutie qui creuse ongles nus sur le sol muet de la mémoire. Depuis le silence enfoui de l’enfance qui cherche la vérité derrière des yeux collés d’une tristesse inconnue d’elle. J’aurais dû savoir alors que des milliers de couples se font une guerre bâillonnée, née d’un germe qui est le vôtre, où seuls les murs crient sur d’obscures victoires. J’aurais dû comprendre pourquoi mon corps choisissait de ne plus accepter, coupant brutalement les compteurs quand le point d’inconscience implose dans un passage de l’enfer. Le noir absolu vient, roulis imparable, où le souffle tombe dans la trêve des vivants. Un terrible vacarme rumine aux oreilles le temps de la pénible remontée vers l’air — il y eut sans doute un ange, pour à chaque fois retenir ma main en partance vers l’autre chemin — l’interminable laps de violence est un manège devenu fou, le cœur vrillé jusqu’à la nausée, le cerveau crépitant, dans la vitesse cent fois haïe du vortex. Saurai-je dire les mots, pour enfin dégueuler tout ça ?

Les voix s’éclaircissent autour, à n’y rien comprendre encore, mais quelqu’un serre doucement ma main. Ce n’est pas encore l’heure. Le corps n’a plus rien retenu, devenu parcelle de vide, lavé jusqu’à l’extrême de ses nœuds sans réponse. Jusqu’à quand, avant que tout ne recommence ?

J’aurais voulu, simplement, avoir les armes de ma naissance.

Valérie Brantôme, 08 XI 2015

La ruelle vidée d’octobre

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V
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Il suffit de peu
pour dénouer le long fleuve sinueux,
l’approche du froid qui réclame.

Une audition prolongée par-delà la ruelle
où manquerait la langue des signes

Quoiqu’on veuille, le fer s’émousse
de lente agonie et de lasse impatience
Surgi, cet automne de violon que l’on trace au pinceau,
une danse qui renaît et succède
aux ombres mourantes.

Bouche taiseuse, forteresse
qui ne féconde
que l’oubli.

Valérie Brantôme, Octobre présent