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« Poète, taille ton diamant. Taille-le avant de travailler. »

Max Jacob, Art poétique

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On dit le temps

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Nous ferons l’expérience du néant,
nous saurons qu’il n’est pas l’absence, mais un amoncellement de choses tuées.

Joë Bousquet, Le meneur de lune

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On n’ose pas savoir ce que taisent les lèvres altérées de l’homme. Ample mutité, quand la barque chargée de voyages imprécis ne se suffit plus des aveux déposés en son ventre.
Ce ciel trop bas, aux marges obscures, déjetant la parole. L’esquif nourrit sous lui son lieu de purgatoire, dans la rumeur égarée de l’entre-deux rives.

On a coutume alors de vouloir coûte que coûte reprendre la traversée du fleuve, lestés de ces batailles secrètes où s’éploie l’injonction du oui et du non. Mais ce qui gravite au terme, quelle sorte d’importance cela peut-il prendre quand tout est faille en dedans ? Se heurter au monde, sans élan ni grâce. Sans vouloir plus. Ce n’est que cela.

Et l’âme tout de rugosités habite soudain le silence. Rien ne ressuscite plus des mots du tréfonds.

VB, On dit le temps, extrait.

D’un fabliau ~ Didier Pobel

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D’un fabliau

La neige, la nuit, marche en aveugle,
elle qui vient de loin, d’un pays sans regard,
du testament de Jean de Meung,
d’un codicille, d’un fabliau,

de la porte à tambour d’une gare.
On voudrait l’aider à traverser.
Sous le réverbère, elle penche
infiniment ses yeux de chiot

qu’on s’apprête à noyer dans un sac
et le silence se rompt à chaque
battement de cœur blessé

de sa canne de houx blanche.

un long silence pâle_Didier PobelDidier Pobel, Un long silence pâle, pré#carré éditeur, carré 78,
octobre 2013

Dans la nuit de Supervielle (II)

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Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
à sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
_________mais le malheur des hommes,
vienne allumer ses feux intimes et tremblants
et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
ses filets étoilés dans notre âme élargie,
attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
grâce à mille reflets et secrets mouvements
et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
nous les enfants perdus maltraités par le jour
_________et la grande lumière,
ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
c’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
c’est la couche où poser la tête qui déjà
_________commence à graviter,
à s’étoiler en nous, à trouver son chemin.

 Jules Supervielle, Le forçat innocent suivi de Les Amis inconnus,
nrf Poésie/Gallimard,1969

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► voir note précédente

Dans la nuit de Supervielle (I)

© Photo Aleksandar Bonačić_Prozor

© Photo Aleksandar Bonačić_Prozor

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Le monde est plein de voix qui perdirent visage
et tournent nuit et jour pour en demander un.
Je leur dis : « Parlez-moi de façon familière
car c’est moi le moins sûr de la grande assemblée.
— N’allez pas comparer notre sort et le vôtre »,
me répond un voix, « je m’appelais un tel,
je ne sais plus mon nom, je n’ai plus de cervelle
et ne puis disposer que de celle des autres.
Laissez-moi m’appuyer un peu sur vos pensées.
C’est beaucoup d’approcher une oreille vivante
pour quelqu’un comme moi qui ne suis presque plus.
Croyez ce que j’en dis, je ne suis plus qu’un mort,
je veux dire quelqu’un qui pèse ses paroles. »

Jules Supervielle, Le forçat innocent suivi de Les Amis inconnus,
 nrf Poésie/Gallimard,1969

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► Par Jean-Michel Maulpoix, Supervielle, le réconciateur