Pierre-Albert Jourdan

© Brandon Kidwell

© Brandon Kidwell

*

Il y a sans doute pour chacun de nous un cœur lointain qui aspire et refoule sans cesse un paysage élu ; que le sang longe et appelle désespérément ; une odeur de fumeur dans les heures débroussaillées d’avant-printemps comme un secret d’enfance perdu et familier. Ainsi l’attente se dilate au point d’être, à l’inverse d’une économie, une brassée d’instants, de fleurs continuelles. Là est le chemin qui bifurque, vivifiant. L’homme qui est en passe de perdre ses forêts, son sommeil, le furtif cliquetis d’armes, luisantes par éclairs comme un fleuve lointain, ne le surprend pas, il s’échappe. Il y a un maquis du bonheur désormais. Aussi bien, à l’intérieur de cette menace — les armes inutiles — ce sont des vergers qui tendent vers le ciel de fines épées teintées de sang, une tout autre bataille où l’homme dépossédé tente une dernière, une dérisoire alliance.

 

Pierre-Albert Jourdan, extrait de La marche (Premier volet)
Le Bonjour et l’Adieu
, Mercure de France, 1991

Publicités

Le cercle ~ Pierre-Albert Jourdan

© Photo Dyonis Moser

.

La lumière dans son nid de cendre, les vagues imprécises du jour. La redevance
du parfum de cette terre aride.

Le moindre feu dresse une forêt blanche dans le ciel, le moindre geste d’arbre
évoque le langage mimé de son peuple.

Mais le feu s’estompe et se confond avec la brume ; mais l’arbre est pauvre, dressé
sur son socle de pierres, le cimetière d’escargots.

Les fruits s’évadent, font signe vers le ciel blanc et les damiers de terre, jeu de hasard
où roule, tressaute et grince la pierre ;

destin désordonné sans que la voix s’entende qui annonce un chiffre.
.

Pierre-Albert Jourdan, Le chemin en transparence, La terre seule (1959-1964)
in Le bonjour et l’adieu, Mercure de France, 1991.

____________________________________________________________

► sur Le Bonjour et l’Adieu, voir l’étude de Sylvie Besson sur Recours au Poème.