Par l’impulsion du rêve… ~ Paul Celan

MIT TRAUMANTRIEB auf der Kreisbahn,

an-
geschwelt,

zwei Masken statt einer,
Planetenstaub in den gehöhlten
Augen,

nachtblind, tagblind,
weltblind,

die Mohnkapsel in dir
geht irgendwo nieder,
beschweigt
einen Mitstern,

die schwimmende Trauerdomäne
vermerkt einen weiteren Schatten,

es helfen dir alle,

der Herzstein durchstößt seinen Fächer,
keinerlei
Kühle,

es helfen dir alle,

du segelst, verglimmst und verglost,

Augenschwärme passieren die Enge,
ein Blutkloß schwenkt ein auf die Bahn,
Erdschwärme sprechen dir zu,

das Wetter im All
hält Ernte.

Paul Celan, extrait de Lichtzwang
Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1970

.
reflet dans l'eau
.

PAR L’IMPULSION DU RÊVE sur le circuit,
à
feu lent,

deux masques au lieu d’un,
la poussière de planètes
dans les yeux caves,

aveugles à la nuit, au jour,
aveugles au monde,

la capsule de pavot en toi
atterrit quelque part,
passe une étoile-sœur
sous silence,

le domaine nageant de la douleur
démarque une ombre plus lointaine,

ils t’aident, tous,

la pierre du cœur perce son éventail,
nulle sorte
de fraîcheur,

ils t’aident, tous,

tu fais voiles, décrois, t’éteins,

des essaims d’yeux passent le détroit,
une motte de sang bifurque vers la voie,
des essaims de terre te confortent,

l’orage moissonne
dans l’univers.

Paul Celan, Poèmes, Éditions Unes, 1996.
Traduit de l’allemand par John E. Jackson

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► Du même recueil (Unes): Tard et profond
Celan, 362 pages de poèmes en allemand

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Tard et profond ~ Paul Celan

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Rouée comme parole d’or commence cette nuit.
Nous mangeons les pommes des muets.
Nous faisons un travail qu’on remet volontiers à son étoile ;
nous nous tenons dans l’automne de nos tilleuls, tels
des rouge d’étendard méditants,
tels des hôtes brûlants du Sud,
Nous jurons par Christ le Nouveau de marier la poudre à la poudre,
les oiseaux au soulier de l’errance,
notre coeur à un escalier d’eau.
Nous prêtons au monde les saints serments du sable,
nous les prêtons de bon gré,
nous les prêtons à voix haute depuis les toits du sommeil sans rêve
et secouons les mèches grises du temps…

Ils crient : vous blasphémez !

Nous le savons de long temps.
Nous le savons de long temps, mais qu’importe ?
Vous moulez au moulin de la mort la farine blanche de la Promesse,
vous la placez devant nos frères et nos soeurs —

Nous secouons les mèches grises du temps.

Vous nous rappelez : vous blasphémez !
Nous le savons bien,
que vienne sur nous la faute.
Que vienne la faute sur tous nos signes de mise en garde,
que vienne la mer gutturale,
le coup de vent cuirassé du retournement,
la journée minuitaine,
que vienne ce qui jamais ne fut encore !

Que vienne un homme de la tombe.

.
Paul Celan, Poèmes, Éditions UNES, 1987.
[traduit de l’allemand par John E. Jackson]

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..

.

..

….

SPÄT  UND  TIEF.

Boshaft wie goldene Rede beginnt diese Nacht.
Wir essen die Äpfel der Stummen.
Wir tuen ein Werk, das man gern seinem Stern überlässt ;
wir stehen im Herbst unsrer Linden als sinnendes Fahnenrot,
als brennende Gäste vom Süden.
Wir schwören bei Christus dem Neuen, den Staub zu vermählen dem Staube,
die Vögel dem wandernden Schuh,
unser Herz einer Stiege im Wasser.
Wir schwören der Welt die heiligen Schwüre des Sandes,
wir schwören sie gern,
wir schwören sie laut von den Dächern des traumlosen Schlafes
und schwenken das Weisshaar der Zeit…

Sie rufen : Ihr lästert !

Wir wissen es längst.
Wir wissen es längst, doch was tuts ?
Ihr mahlt in den Mühlen des Todes das weisse Mehl der Verheissung,
ihr setzet es vor unsern Brüdern und Schwestern —

Wir schwenken das Weisshaar der Zeit.

Ihr mahnt uns : Ihr lästert !
Wir wissen es wohl,
es komme die Schuld über aller warnenden Zeichen,
es komme das gurgelnde Meer,
der geharnischte Windstoss der Umkher,
der mitternächtige Tag,
es komme, was niemals noch war !

Es komme ein Mensch aus dem Grabe.

Paul Celan  [op. cit.]