Poesie / Poésies ~ Luciano Erba

Affinités

D’avoir perdu la route
au front du brouillard
je n’ai plus nulle hâte.
Un pas de temps en temps
comme le corbeau
qui s’ébat, distrait.
Si tu me vois les yeux dans les chaumes
c’est à l’égal de l’aube
que nous avons su aimer.

 

Affinità

Per aver perso la strada
contro la nebbia
non ho più fretta.

Ogni tanto un passo
come il corvo
che batte l’ala, sbadato.

Se mi vedi con gli occhi sulle stoppie
è come l’alba
che sapemmo amare.

 

*

Sans emploi

Cette impatience
elle est pour toi
la nuit, je t’enchaîne dans mes rêves
le jour, fièvre douce amère.
Une pluie éparse
freine la marche par les rues
me courbe le dos.
Pain et sardines à une heure tardive
les yeux rivés de nuit au falot de l’hôtel
j’endure mieux ainsi
ton éloignement

Disoccupato

Per te
questa impazienza
la notte ti costringo nei sogni
di giorno la febbre dolceamara.

Poca pioggia
rallenta il passo per strada
incurva il dorso.
Pane e sardine a tarda ora
gli occhi
al fanale di notte dell’albergo
vivo la tua lontananza
meglio così.
 

*

 

Les années 40

Tout semblait possible
s’abandonner dans les virages
en un suprême coup de frein
galoper debout sur la selle

d’autres choses superbes
plus nobles, prospères
surgissaient alors à hauteur d’œil.
À présent les années s’en vont rapides
par des cieux sans présage

tu t’éveilles sous des duvets azur
dans une chambre meublée de miroirs
tu étudies les coïncidences des trains
passes le seuil fleuri de sauge éclatante
lis « Salut » sur le paillasson
puis tu sors en bras de chemise
essorer la salade dans le torchon.
La ligne de vie dérive bute
escalade s’esquive
parmi les pâles sommets des dieux.

Gli anni Quaranta

Sembrava tutto possibile
lasciarsi dietro le curve
con un supremo colpo di freno
galoppare in piedi sulla sella
altre superbe cose
più nobili prospere cose
apparivano all’altezza degli occhi.
Ora gli anni volgono veloci
per cieli senza presagi
ti svegli da azzurre trapunte
in una stanza ai mobili a specchiera
studi le coincidenze dei treni
passi una soglia fiorita di salvia rossa
leggi « Salve » sullo zerbino
poi esci in maniche di camicia
ad agitare l’insalata nel tovagliolo.
La linea della vita
deriva tace s’impunta
scavalca sfila
tra i pallidi monti degli dei.

 

Luciano Erba,  Il nastro di Moebius,  Poesie 1951 – 2001 / Le ruban de Moebius, Poésies 1951 – 2001
Oscar Mondadori 2007, coll. Poesia dell’ 900
Traduction © Valérie Brantôme, 2019

 

 

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Hommage à Góngora ~ Robert Marteau

Photo © MarcinSasha

Photo © MarcinSasha

 

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Jeune marin, vos tempes bleu de ciel,
Dans la mer vos mains guettent les étoiles,
L’arbre où la pomme et le poisson se meuvent,
Le chariot plein de sacs, le cheval, le filet ;
Des mailles la rivière qui s’enfuit ;
Un serpent dans le foin ; une nasse
De perdreaux ; vos doigts dans le sable
Tracent les signes de la fortune.

Marin si jeune que  l’herbe est bleue
Quand poind la rosée ; la neige s’abîme
Dans un brasier de chardons : marin,
Marin, m’aimez-vous, moi qui m’abîme dans les flammes,

Moi qui tresse à vous attendre des paniers de soucis,
Mes chevilles dans la mer, mes cheveux
Dévastant la vigne, nouant au cou des chèvres
La cordelette qui étrangle ?

M’aimez-vous, marin qui brûlez dans le sel ?
Attendrai-je au coin de l’oseraie
Jusqu’à l’automne rouge vos pas
Sur la cendre des feux de camps ?

Le noroît qui secoue les baies
Et les nids renversés dans l’aubépine
Au galop d’un cheval gagne les prairies de neige
Où ma tête qui saigne laisse vos initiales.

Robert Marteau, extrait de Royaumes
in Royaumes Travaux sur la terre Sibylles, Orphée La Différence, 1997

Attilio Bertolucci ~ Emmène-moi avec toi

Emmène-moi avec toi

Emmène-moi avec toi dans le matin vif
les reins brisés l’oeil éveillé appuyé
à tes flancs de femme qui chemine
comme elle fait l’amour

les derniers jours de l’hiver sont là
qui baignent nos mains et les cheminées
fument plus que de rigueur en une
saison aussi tiède,

mais laisse aller à leur ruine
économie et sobriété,
laisse se consumer les réserves
de la ville et de la nation

pourvu que dans le ciel assombri, puis
l’éclaircie d’un soleil revigoré,
nous ayons su nous trouver
là où font halte la vie et la mort,

midi étincelle, feuille de métal
devenue bleue désormais
sans résidus et dessus
marchent de calmes oiseaux, sans voler.

Attilio Bertolucci, extrait de Voyage d’hiver
Traduction © Valérie Brantôme, 2013

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rai de lumière

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Portami con te

Portami con te nel mattino vivace
le reni rotte l’occhio sveglio appoggiato
al tuo fianco di donna che cammina
come fa l’amore,

sono gli ultimi giorni dell’inverno
a bagnarci le mani e i camini
fumano più del necessario in una
stagione così tiepida,

ma lascia che vadano in malora
economia e sobrietà,
si consumino le scorte
della città e della nazione

se il cielo offuscandosi, e poi
schiarendo per un sole più forte,
ci saremo trovati
là dove vita e morte hanno una sosta,

sfavilla il mezzogiorno, lamiera
che è azzurra ormai
senza residui e sopra
calmi uccelli camminano non volano.

Attilio Bertolucci, da  Viaggio d’inverno, Garzanti, Milano, 1984

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► Sur l’auteur, aux éditions Verdier, qui ont publié l’entier recueil (trad. Muriel Gallot)

David Mourão-Ferreira ~ Les dernières volontés

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Laisse la fleur tranquille,
la mort dans le tiroir,
et le temps sur la marche.

Tu la connais, la marche :
le septième degré
au-dessus du palier :
celle qui grince quand tu passes ;
qui était la cachette
du paquet de tabac
fumé sans qu’on te voie…

Laisse la fleur tranquille.

Et sans murmure. Laisse
le temps sur la marche
la mort dans le tiroir.

Tu connais le tiroir :
le premier sur la gauche,
qui est toujours fermé.
Qui a jeté la clé
dehors par la fenêtre ?
dans le combat de la haine,
on détruit, obstinés,
sans trêve, les portraits !

Laisse la fleur tranquille.

La fleur ? Tu ne la connais pas.
Je sais. Ni moi. Personne.

Laisse la fleur tranquille.

Ne dis rien. Ecoute.
Tu n’entends pas la marche ?
Qui monte l’escalier ?
Comme il vient lentement !
Si lentement il monte…
Ne dis rien. Ecoute :
c’est à coup sûr quelqu’un,
qui apporte la clé.

Laisse la fleur tranquille.

David  Mourão-Ferreira (1927-1996)
Traduction Cécile Lombard

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As últimas vontades

Deixa ficar a flor,
a morte na gaveta,
o tempo no degrau.


Conheces o degrau:

o sétimo degrau
depois do patamar;
o que range ao passares;
o que foi esconderijo
do maço de cigarros
fumado às escondidas…


Deixa ficar a flor.


E nem murmures.Deixa
o tempo no degrau,
a morte na gaveta.
Conheces a gaveta:
a primeira da esquerda,
que se mantém fechada.
Quem atirou a chave
pela janela fora?
Na batalha do ódio,
destruam-se,fechados,
sem tréguas,os retratos!


Deixa ficar a flor.


A flor? Não a conheces.
Bem sei.Nem eu.Ninguém.

Deixa ficar a flor.


Não digas nada.Ouve.
Não ouves o degrau?
Quem sobe agora a escada?
Como vem devagar!
Tão devagar que sobe…
Não digas nada.Ouve:
é com certeza alguém,
alguém que traz a chave.


Deixa ficar a flor.

David Mourão-Ferreira, Œuvre complète publiée chez Presença.

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► Autres poèmes (en portugais)
► NB : une traduction du même poème (trad. Michelle Giudicelli) est publiée dans l’Anthologie de la poésie portugaise contemporaine (1935-2000) aux Editions Poésie/Gallimard, 2003

Lorenzo Calogero ~ Dur paysage

Dur paysage
comme les habitations primitives
des peuples du berceau.
Arbres, qui plient par enchantement
sur leurs racines
comme pour faire disparaître leur ombre,
calices qui ploient au cœur
comme s’ils voulaient, de peu, goûter
au triomphe de leur mort,
denses et amples mystères
qui franchissent la cime des arbres.
Adviennent des mythes secrets,
témoins les étoiles
qui surgiront au couchant.
Ils nourrissent des herbes
qui ont le goût des morts et de visions
sans joie, des hommes tordus
inclinés sur leur ombre
dont on ne peut reconnaître
l’humain simulacre.
La route s’étire inerte
en horizons infinis
désireuse de rejoindre
les étoiles, où des champs infinis
habitent par-delà cette terre
dans une solitude infinie.
La voix de mort passe en chaque chose
elle n’a pas de limites, reléguée
aux tréfonds de nos passions.
Cette vie peu à peu s’éteint
jusqu’à disparaître comme un oracle,
un ultime horizon.
Ce pesant sacrifice
qu’aujourd’hui la terre endure !
Aujourd’hui et à jamais.
L’éclaircie, miracle des collines.
On ignore où cela commence
où cela finit.
Son apparence restaurée
est toujours de retour.

Lorenzo Calogero, extrait du recueil Poco suono (1933-1935)
Traduction © Valérie Brantôme, 2013

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Paesaggio duro

Paesaggio duro
come le primitive abitazioni
dei popoli della culla.
Alberi che si piegano per incanto
sulle loro radici
come a far scomparire la loro ombra,
calici che si piegano in un punto
quasi volessero assaporare
il trionfo della lor morte,
ampi densi segreti
che trascorrono le cime degli alberi.
Si compiono miti arcani,
testimoni le stelle
che apariranno sul tramonto.
Aprovigionano erbe
che sanno di morti, di visioni
non liete uomini adunchi
chini sulle loro ombre
di cui non può riconoscersi
il lor simulacro umano.
La via si stende inerte
per orizzonti infiniti
desiderosa di ricongiungersi
con le stelle, con gli infiniti campi
che abitano oltre di questa terra
in solitudine infinita.
La voce di morte trascorre in ogni cosa
e non ha confine, relegata
nel fondo delle nostre passioni.
Questa vita si spegne pian piano
sino a sparire come un oracolo,
un ultimo orizzonte.
Denso sacrificio
ch’oggi soffre la terra!
Oggi e sempre.
Miracolo de’ colli la rischiara.
Non si sa quale sia l’inizio,
quale sia la fine.
La sua rinnovata apparenza
ritorna sempre.

Lorenzo Calogero, tratto da  Poco suono (1933-1935), Poesie,
Rubettino Editore, 1986, a cura di Luigi Tassoni


► Un autre poème de Calogero sur EF : Lettres d’Amour
►Site consacré au poète (en italien) Lorenzo Calogero
► D’autres poèmes en double traduction sur Imperfetta Ellisse (traduction anglaise par John Taylor)