À force d’en découdre ~ Mary-Laure Zoss

Sculpture Paola Grizi

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au parquet de chêne manque un écoinçon, peu de place pour y garder quoi, un trésor de poupée, bouts de fil, aiguillages ou ressorts minuscules, ce qu’il faudrait mettre en lieu sûr – en esprit tout au moins, une planque exigüe où plier sept fois nos rêves de mie blanche, de sucre ; et celui d’être chien qui appartient ; à rester coites nos fièvres terniront sous la fenêtre ; sur chaque bout de table posés à plat nos cahiers cousus, tandis que valdinguent au fond du branlant tiroir nos équerres, nos crayons ;
le soir plombe ses barreaux alentour, derrière on a froid, on besogne à tailler des phrases dans du préfabriqué, mal fichues, gourmées, on suspend des trucs dans la mémoire qu’on se récite l’esprit en vadrouille, avec l’envie de la pousser dans le coin cette table, son faux bois verni, que quelque chose nous tienne au monde et à nous-mêmes

pourquoi on se bat terrible, pourquoi, le sait-on au juste ? on se bat déchirés tête aux angles, sans étouffoir, à coups d’os et de règle ; plus tard hantés dans un demi sommeil, on tambourine à deux poings sur le furieux carillon de nos hargnes butés ; de pitié aucune ; on frappe à mort – aux cannages des chaises force crevures et trous aux plinthes ; un champ de mines nos disputes, où de chaque mot détone la cordite au visage ; à ce qui nous a collés les uns contre les autres, au plus bas de l’âme, collés au manque, on assène un coup derechef – pour seul effet, une meurtrissure au cœur plus aigre encore

Mary-Laure Zoss, À force d’en découdre
Illustration couverture Gérard Titus-Carmel
[Éditions Le Réalgar, mai 2019]

Rencontre lecture dédicace le vendredi 24 mai 2019 – 18h30 à la Librairie L’Autre Rive à Nancy, dans le cadre des Périphéries du Marché de la Poésie de Paris.

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Nimrod ~ Ciels errants

Photo © Alain Fleischer

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II

J’ai aimé ma mère j’ai embrassé son destin
Comme un fils comme un mendian
Qui priait en secret les dieux d’allonger
Ses jours à proportion des miens. Je l’aime
Comme un exilé saisi par la douleur d’espérer
Les vœux qu’on remise à peine nés
Au fond d’un cœur taillé pour le bonheur.
Au sort, ma mère présentait des comptes
Sans envier personne____ni même la lune
Ni même le soleil____elle qui était
Courageuse sans être mère courage.
Je pleurais en la voyant si sereine
Moi que tourmentaient les pressentiments
En cette zone de l’être où nait un cœur de poète

Nimrod, extrait de J’aurais un royaume en bois flotté
Anthologie personnelle 1989-2016 – Poésie/Gallimard, 2017

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► Un autre extrait de Ciels errants ICI

Meredith Le Dez ~ Fierté contre le temps

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II
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Fierté
qui n’es rien d’autre
démunie
que ce que tu es depuis longtemps

passant ton chemin
les mains vaines les mains vides
à la gueule des chiens bêtes
qui grattent aux portes mêmes
où pour pisser
ils lèvent la patte

 

Fierté clandestine
en tous lieux de mauvaise intelligence
à la barbe des faussaires
et des costumes cravaches
allant où tu peux éclatante
allant où tu veux souterraine

Fierté faite femme à tête libre
sous les fouets les quolibets
lanières de cuir crachats gantés

Fierté revers d’ombre
cousue au corps
faite aux blancs habits d’une seule tenue
comme une double peau

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Fierté glorieuse
femelle du sang
sous le sein caché
jour et nuit
battant semelle
sans attendrissement

Fierté seul horizon possible
terre d’origine terre à creuser
ton cher visage ma sentinelle
mon à peine émue blessée pourtant

et ce silence encore
debout contre le temps froissé

Meredith Le Dez, Cavalier seul   [Éditions Mazette, 2016]
Encres de Floriane Fagot
Prix Vénus Khoury-Ghata 2017

Ciels errants (extrait) ~ Nimrod

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III

Certains jours, avec une insistance sans pareil me revient
____________MON ENFANCE DÉROBÉE
Les routes désertes sans témoin calme plat
Ce cœur cet espace enivrés au phosphore
____________MON ÉPITAPHE EST DÉJÀ ÉCRITE

_____Le doute me reprend
Voici la joie voici la solitude
__Comme une parole d’épices
__Un ahan au cœur des Indes

_____Je ris de ma condition
Elle m’abrutit au regard des gens
Je leur suis supérieur en tout
C’est encore rire du désespoir
Que de faire usage d’un humour qui les effraie tant

_____Je hais la morgue des superbes
_____Je réclame la purge des larmes
Ces larmes exquises vaisseau vaisselle d’argent
Posés à même la margelle d’un puits samaraitain
__Voici la table où j’aimerais souper
___Mais je soupire à force de manque
___Et finis par trébucher
___Sur mon chant favori :

Les superbes
Les superbes
Les suuuupeeeeerebes

[…]

Nimrod, en souvenir d’un passage au Marché de la Poésie

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Éléments biographiques
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