Homme solitaire au soir d’un vieux songe…

Django

J’écoute une colombe venue d’autres déluges.

Ungaretti

IV

Au jardin de Camille,
une joie pauvre vient mouiller l’automne
elle ne réveille même plus
l’antique union du parapluie ni
le corps à corps des manteaux
aux marches de Novembre

Ce que nous sommes est écrit pour hier.
Pour hier et son lointain paradoxe,
autour de
la pierre endormie de ses reins
les murs blancs du désordre, sans ornement ni sagaies
ont clos leurs yeux sur le reflet affamé des peaux

Il suinte le vieil écho d’un chagrin
un mot de « rengaine »
qui s’enfuit dans le bruit du vent,
l’esquive inutile
dépouillant ce peu de rien qui suffisait à tenir

Homme solitaire au soir d’un vieux songe,
qu’il est froid, le quai où tu demeures
Souviens-toi qu’il est impossible à l’être où s’effondrent
la parole et le feu du poète
de composer d’imposture.


Ce qui meurt ici, dans la ville anesthésiée,
ressemble à s’y méprendre à hier.

Valérie Brantôme, Octobre présent

Regain

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III

Tu vois, tout ça n’a plus d’importance.
Tu peux abriter sous l’orage du silence
la fièvre qui embrase à nouveau
et mâche son regain
comme une herbe sauvage pousserait au dedans.

Tu peux, à pas de loup
guetter l’oiseau migrateur
qui s’en va boiser d’autres printemps
& jouer de fugue et de musique sorcière

Tu peux — sans qu’il soit nécessaire
d’enfouir sous la terre séchée
la parole d’évasion que cent fois
tu tournes dans ta bouche

La lumière se fait grise
mais ce qui survit encore
en nous de si chétif
garde le dernier souffle pour la joie.

Valérie Brantôme, Octobre présent

 

Dans la fibre molle du jour… ~ Jos Roy

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Avec l’aimable autorisation de l’auteur

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dans la fibre molle du jour
aucun nom ne se dessine
quand je mourrai je ne serai pas comme lui
personne ne viendra ramasser les restes de mon souffle
ce sera comme si rien n’avait existé la mémoire tombera
au fond d’une fosse commune & ce n’est pas joyeux de dire cela
mais depuis le début on le sait : les pierres ne nomment pas les pierres
& le chaos demeure chaos dans le plus froid des silences –
la parole est un oiseau de passage.
il faudrait pour bien faire
modeler une cosmogonie
la peupler d’éléments & de bêtes de liens de chutes
finir par des hommes des femmes des créatures
complexes amalgamant imaginaire & biologie
mais ce corps est rongé par le doute
c’est pourquoi aucun nom sur lui ne tient
aucun dieu n’y trouve sa pitance
aucun amour n’a de quoi passer l’hiver
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Jos Roy, 24 X 2015, extrait de Corps&biens
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Au jour le jour sans titre ni armure

Photo © Yuna Parmentier

Photo © Yuna Parmentier

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Octobre au démenti de gris
Un automne désinvolte y pourlèche encor
son temps de langueur
et de vieilles colères assoupies
sous l’herbe de pluie

Moratoire
& coups de langue
aux assauts de foudre et de rage

douceur onction douceur
il est des heures que l’on rabote fiers à la hache
au lustre d’anciennes frénésies

Régals
couchés sous la lampe à venir
— quand rêches baisers des lendemains
tu tends vers la bouche ignorée.

Valérie Brantôme, Octobre présent