Tectoniques ~ Antoine Choplin

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sans-rien
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Sous la dolomie ocre
dans le chiffon des premiers plis

compagnon d’un nuage
de poussière sèche
j’arpente le labyrinthe de pisé
parmi les regards inaperçus

au nord
l’horizon se brouille

je pense à tout ce qui
par-delà les brumes chaudes
est criblé de vie

*

Dans le rien des Hauts-Plateaux
la ligne de chemin de fer
a le perçant de l’adolescent

elle fouille vers le sud
comme lui
dans la chair des mondes bâtis
à l’exact confin du désir
et de la colère

*

J’ai habité longtemps
la dernière maison
juste avant les déserts

j’ai attendu le jour
où d’entre toutes les soifs
celle dont souffrit Tantale
me deviendrait la moindre

et ce matin
voilà
je suis parti plus loin
parmi le sable
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Antoine Choplin, Tectoniques
Le Réalgar, coll. L’Orpiment, 2016 –  Dessins de Corinne Penin

 

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Des frégates merveilleuses ~ Joël Cornuault

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Photo © Alberto Bresciani

 

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Il y avait lucioles sous roche,
prunelle,
quand je t’ai rencontrée.

Tu penses
si j’accourais
fouette cocher,
menus flocons,
petit braquet.

J’accourais
poète fou
pour laper tes poupes,
lécher ta nacre,
tes méandres,
tes ors
pour vider tes ports
de leurs fonds
à bride abattue.

[…]

Joël Cornuault, Des frégates merveilleuses,
Le Phare du Cousseix éditions, 2016

 

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À ~ Laurent Albarracin

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À son silence on reconnaît la qualité d’un bruit
à sa plage de lumière où il échoue
à son épave ouverte comme un paquet
et aux mains nues qui le décortiquent
pour ne savoir qu’en faire
suspendues qu’elles sont au cœur arrêté
et dont elles sont les muettes antennes

*

      […]

*

Au hasard sûr travaillent les abeilles
à l’empirique et au meilleur
au butin de l’errance magnifique
au vagabondage et à l’estime
au nez des fleurs, au gré des graines
à la dispersion et au miel
à la certitude des choses rencontrées
aux azalées, à l’alizé, à l’or des aléas

*

     […]

*

À même enseigne sont choses et êtres
à même auberge vacante qu’il faut nourrir
de l’incessant passage de l’une à l’autre
comme si ce qui est n’était plein
que de ce qu’on y met d’eau et de moulin
de four et de rivière
et n’était enfin que le chemin
qu’on emprunte pour tout lui rendre

 

Laurent Albarracin,  À  [Le Réalgar, 2017]
Dessins de Jean-Pierre Paraggio 

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► Note de lecture sur Poezibao, par P. Vinclair

ICI en exil (extrait) ~ Emmanuel Merle

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Photo © Misha Gordin

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Ils arrivent

l’âme creuse
la tempe nouée
par-dessus les années et les nuits

Ils arrivent c’est une armée
de dépenaille et d’injure

Raccourcis par la haine
ramassés sur leur cri
tous morts revenant
quand revenir nous les vivants
le voudrions tant

Ils arrivent au bord de la terre
avec des mains à crocheter le hasard
interdit depuis qu’ils sont morts

Au bord d’une plaie de la terre
ils se souviennent d’en avoir été
____________ hurlant en silence
____________ le sang et le sel

*

Leurs branches sous le vent
algues tentaculaires

Ils projettent l’obscurité
une encre de seiche
— la lune est un bout d’os —

Oui la nuit sourd des arbres
une sève débordante
une maladie noire
dans la forêt de hêtres

Et ce chemin entre les troncs
vers on ne sait quelle demeure d’oubli
ni quel ancien coffre moussu
et sombre d’armes rouillées

À s’y rendre
à s’y perdre aussi
chaque homme redeviendrait
l’enfant de terreur et de haute-mer
qu’il entrevoit parfois
dans sa forêt mentale
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Emmanuel Merle, ICI en exil  — L’Escampette Éditions Poésie, 2012

Jos Roy ~ Novembre 2017

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Terence Stamp, Hole © Antonio Mora

 

je suis dans le réel à côté du réel
& tout en moi infuse de fuite.
contre & amour
mon corps se dérobe
& se dresse dans la plaine où
les bêtes parlent
de leurs paroles bâtissent des illusions de palais.
moi je crie sans que personne ne bronche.
il suffit pourtant de tendre l’oreille longue douce
des premières époques. il suffit pourtant sans cligner
de regarder les plaies & d’observer sans les bousculer
les déraisons humaines pour le ravir ce cri &
entendre en lui le fleurissement de chaque axe terminal

Jos Roy, Inédit (novembre 2017)