Fuego

clique-moi

  ♫ ♪ clique-moi ♪♫

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« Les cuisses de Junon font un bruit mou
qui réjouit mieux que le bruit du tambour,

Nous n’aurons pas d’autre instrument
en ce lent jour
Et vous n’aurez d’autres musiques
que celles et que celui-là. »

André Pieyre de Mandiargues, Astyanax

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Eva Strittmatter ~ L’interview

Solitude - Photo© Philip Mc Kay

Solitude – Photo© Philip Mc Kay

 

L’INTERVIEW

 

Il me faut quelque chose à quoi me raccrocher :
Une image. Un souvenir.
Ma dernière manigance me répugne :
Écrire des réponses à une interview.
C’était comme dire sex au lieu d’amour.
Pour être up to date. Je ne suis pas assez
Jeune pour me réjouir
De figurer dans le journal.
Qui se soucie de moi ? Mes fidèles
Me reconnaissent à ma chanson.
J’ai été infidèle à moi-même.
Faire sa propre publicité,
S’expliquer soi-même, quelle horreur.
Quelque chose d’aussi vide que mon nom
Se lève soudain contre moi,
Qui aime le sans-nom.
Invisiblement je veux être visible,
Telle que de moi ne reste d’autre image
Qu’une de nuage, d’arbre et de pierre.

eva strittmatterEva Strittmatter, extrait Des jours au-dessus du rêve
Éditions de l’Amandier, coll. Accents graves Accents aigus, 2012
Traduit de l’allemand par Fernand Cambon

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Georges -Emmanuel Clancier

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Quel fruit mûrissait ce front sur l’abîme ?
Vers quel jour (enfin venu) mêlant l’or et la cendre
regardaient loin à travers le temps les yeux de songe ?
Closes sous les baisers d’un impossible amour
vers quel amour aussi certain que la mort
les lèvres tendaient ce trait léger entre peine et désir ?
Vol et feuillage, écume et limon des cheveux
que soulevaient l’air, le vent, l’appel des secrets,
fragile parure d’arbres, d’herbes ou d’oiseaux,
lente, souveraine éclosion d’une femme,
d’une grâce ultime pour le passager.

Georges-Emmanuel Clancier, Grâce ultime [Écriture des Jours, 1972]
Le Paysan céleste, suivi de Notre part d’or et d’ombre, Poésie/Gallimard, 2008

Le jardin dispersé ~ Pascal Riou

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Et n’avoir qu’un désir :
le vent debout en toi
chassant les relents de maladie
comme s’il délivrait le ciel couleur
du zinc des toits, vieillard ravaudé
par la continuellement
petite histoire…
Et tu marcherais, infini
dans l’espace qui s’abreuve
au bleu sans fond des grappes de gentianes.

Tu aspires en te jouant
l’air d’amandiers et de froid ;
tu es celle qui as donné
congé au vent —
égale de l’arbre
sous l’averse de ses fleurs.

Coquelicot du tendre impossible rouge
sur les talus,
éclabousse les voies
que l’homme a désapprises,
nous redirons ta fièvre aux lèvres
des passantes.

Pascal Riou, Le jardin dispersé, Cheyne Éditeur, 2000