128.

À chaque pore une note,
au bout du voyage le chant.

Jean Senac, Troisième poème illiaque
[Œuvres poétiques, Actes Sud, 1999]

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Ô la douceur du bagne ~Jean Genet / Hélène Martin

 


 

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Ô la douceur du bagne impossible et lointain !
Ô le ciel de la Belle, ô la mer et les palmes,
Les matins transparents, les soirs fous, les nuits calmes
Ô les cheveux tondus et les Peaux-de-Satin.

Rêvons ensemble, Amour, à quelque dur amant,
Grand comme l’Univers mais le corps tâché d’ombres.
Il nous bouclera nu dans ces auberges sombres,
Entres ses cuisses d’or, sur son ventre fumant,

Un mac éblouissant taillé dans un archange
Bandant sur les bouquets d’œillets et de jasmins
Que porteront tremblants tes lumineuses mains
Sur son auguste flanc que ton baiser dérange.

Voler, voler ton ciel éclaboussé de sang
Et faire un seul chef-d’œuvre avec les morts cueillis
Çà et là dans les prés, les haies, morts éblouies
De préparer sa mort, son ciel adolescent…

Les matins solennels, le rhum, la cigarette…
Les ombres du tabac, du bagne et des marins
Visitent ma cellule où me roule et m’étreint
Le spectre d’un tueur à la lourde braguette.

Ô la douceur du bagne…

 

Hélène Martin, La Douceur du Bagne, Chanson / roman
EPM – Le Castor Astral, 2000