III – Lieux où l’on n’est jamais tout à fait

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Lieux — ceux du vent.

Car le vent est un nerf amoureux. Il joue d’amour et de visage et de crinière
et tremble et rit et s’enivre de ces familiarités qui vous bousculent au mugissement tendre d’avril.

Ici Les môles de la tourmente colère méditerranée,
tombeau des haines et des résistances,
là brise-lames en faveur d’océan,
et la mémoire qui reconduit à l’audace d’un hiver passé. Trinité oubliée dans l’odeur merveilleuse des appétits de janvier, serrée de longs pans de laine cachemire dans l’hiver dunaire, sous ciel insolent et glacé
— et le vent, le vent, témoin gourmand d’un front hardi où dans l’entre-deux rougissant, pudeur et aplomb se joignent.

(pour se donner du courage)

Si peu

Photo © Olivier Bastide

Photo © Olivier Bastide

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Le cul sur le rocher
à regarder pensif
l’eau claire clapoter au rebord du pied

Un mois de galets, d’ajoncs et de cannes,
d’intimes bois morts revenus pourrir au rivage.

Il arrive qu’on s’en retourne enfoncer sa botte
profond dans l’amoncellement du varech
et ce lourd charivari de mer
perdant ses relents dans la narine de l’âme égarée.

Le vent fouette sous les premiers rayons
d’un ciel morne,
il n’y a personne pas même le chien en sentinelle
dans le pas des matinaux.

Il n’y a que cette vieille douleur
qui s’écoule dans le ressac,
s’en va et revient,
grignote lentement la brouaille.

VB, Octobre présent

La ruelle vidée d’octobre

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V
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Il suffit de peu
pour dénouer le long fleuve sinueux,
l’approche du froid qui réclame.

Une audition prolongée par-delà la ruelle
où manquerait la langue des signes

Quoiqu’on veuille, le fer s’émousse
de lente agonie et de lasse impatience
Surgi, cet automne de violon que l’on trace au pinceau,
une danse qui renaît et succède
aux ombres mourantes.

Bouche taiseuse, forteresse
qui ne féconde
que l’oubli.

Valérie Brantôme, Octobre présent