Portholes ~ John Taylor

.

ouvrir le hublot

ta main dans le vent
aussi sûre que n’importe quel œil
pour ce qui doit être vu

.

nulles pensées de la fin
sauf celle-ci

.

ayant laissé
tout

derrière

la source bleue

.

Peinture © Caroline François-Rubino

.

open the porthole

your hand in the wind
good as any eye
for what must be seen

.

no thoughts
of the end

except this

.

having left
everything

behind

the blue source
.

John Taylor, Hublots / Portholes – L’Œil ébloui, 2016 (édition bilingue)
Traduction Françoise Daviet
¨Peintures Caroline François-Rubino

« Je suis du pays noir » ~ Lionel Bourg

.

.

Je suis du pays noir.
Des schistes et des grès veinés de rouille dont les agrégats me soutiennent, me rassurent peut-être, qui s’étagent à flanc de colline sur de plus sombres dépôts carbonifères.
J’y ai vécu parmi des prêles vieilles de deux cent cinquante millions d’années, ignorant qu’existaient des régions fardées de marnes et d’argiles rousses, des contrées indécentes — phréatiques, pulpeuses —, des causses austères ainsi que des montagnes couleur de flamme ou de scories se mirant paresseusement dans les eaux qui les baignent.
Mon territoire ne s’en avère que plus rugueux. Les gens y sont chiches. Coriaces.
Peu enclins aux démonstrations intempestives, ils saluent l’étranger d’un geste effleurant la casquette, l’invitent à partager le pain, le vin, ne se confiant qu’après avoir évalué la franchise de qui porte avec lui
Doit être du sud, celui-là…
les indices d’une géologie favorable au farniente. Ils sont solides. Taciturnes mais fidèles. Habiles à débrouiller l’enchevêtrement de racines où ils apprirent à lire, identifiant sans jamais se tromper les menaces qui rôdent ou font le siège de leur imaginaire.

Lionel Bourg, Ce serait du moins quelque choseLe Réalgar-Éditions, 2014
Dessins de Christine Guinamand

« La beauté est quelque chose d’animal* »

.

Photo © Carmen Gomez

.

.

Alors le bec vise un point dans le soleil bas
Un petit cercle à peine large comme un trou d’aiguille
Mais juste assez pour qu’une fois encore
La mémoire abîmée peut-être
Comme un chant de marins quand les mots
Flottent encore
Quand la langue faseye
Ou comme un chat noyé
Au fin fond de nos gorges
Et qui revient sans cesse de son sac de nuit
Les yeux pleins de lumière

Marc Le Gros, Cormoran

.


* Joseph Joubert, Pensées