Giacomo Cerrai ~ inédit de saison

Remerciements à Giacomo Cerrai,
qu’on peut retrouver sur son blog Impefetta Ellisse

 

 

L’air, tout de tilleul et de jasmin
gorgé jusqu’à l’os
comme troublé déjà
Temps évaporé, comme
demeurer en lisière d’une route
à ne rien faire, une vie
impardonnable.
Un air de mains dans les poches, tandis
que le temps originel est déjà caduc,
soupçons extravagants
qui appartiennent à la défaite
des saisons.
La lumière est drue mais n’illumine pas.
Elle ne fait que passer, au ras des têtes
comme tant d’autres changements.
Et la plus grande défaite
de l’habitant des boulevards,
de celui qui nulle part ne court,
de n’importe quelle autruche galopante,
vient de ce qu’il ne fait pas d’ombre,
ne laisse pas d’empreinte,
ne comprend pas.
Oisiveté de classes
qui disparaissent.

Giaccomo Cerrai – Inédit, Juin 2018
Trad. Valérie Brantôme

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di tigli e gelsomini l’aria
satura al midollo
e già come confusa.
È tempo evaporato, come
stare sul ciglio di una strada,
a far niente, vita
imperdonabile.
Un’aria di mani in tasca, mentre
il tempo primo è già esausto,
è stravaganza di sentori
che appartengono a una sconfitta
stagionale.
La luce è forte ma non illumina.
Passa solo, rada, sulle teste,
come molti altri cambiamenti.

E la più grande sconfitta
del popolo dei viali,
di chi corre da nessuna parte,
di qualunque struzzo corridore,
è che non fa ombra,
non fa orma,
non comprende.
Ozio di classi
che spariscono.

Giacomo Cerrai, giu. ’18

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Des frégates merveilleuses ~ Joël Cornuault

*

Photo © Alberto Bresciani

 

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Il y avait lucioles sous roche,
prunelle,
quand je t’ai rencontrée.

Tu penses
si j’accourais
fouette cocher,
menus flocons,
petit braquet.

J’accourais
poète fou
pour laper tes poupes,
lécher ta nacre,
tes méandres,
tes ors
pour vider tes ports
de leurs fonds
à bride abattue.

[…]

Joël Cornuault, Des frégates merveilleuses,
Le Phare du Cousseix éditions, 2016

 

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À ~ Laurent Albarracin

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À son silence on reconnaît la qualité d’un bruit
à sa plage de lumière où il échoue
à son épave ouverte comme un paquet
et aux mains nues qui le décortiquent
pour ne savoir qu’en faire
suspendues qu’elles sont au cœur arrêté
et dont elles sont les muettes antennes

*

      […]

*

Au hasard sûr travaillent les abeilles
à l’empirique et au meilleur
au butin de l’errance magnifique
au vagabondage et à l’estime
au nez des fleurs, au gré des graines
à la dispersion et au miel
à la certitude des choses rencontrées
aux azalées, à l’alizé, à l’or des aléas

*

     […]

*

À même enseigne sont choses et êtres
à même auberge vacante qu’il faut nourrir
de l’incessant passage de l’une à l’autre
comme si ce qui est n’était plein
que de ce qu’on y met d’eau et de moulin
de four et de rivière
et n’était enfin que le chemin
qu’on emprunte pour tout lui rendre

 

Laurent Albarracin,  À  [Le Réalgar, 2017]
Dessins de Jean-Pierre Paraggio 

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► Note de lecture sur Poezibao, par P. Vinclair

ICI en exil (extrait) ~ Emmanuel Merle

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Photo © Misha Gordin

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Ils arrivent

l’âme creuse
la tempe nouée
par-dessus les années et les nuits

Ils arrivent c’est une armée
de dépenaille et d’injure

Raccourcis par la haine
ramassés sur leur cri
tous morts revenant
quand revenir nous les vivants
le voudrions tant

Ils arrivent au bord de la terre
avec des mains à crocheter le hasard
interdit depuis qu’ils sont morts

Au bord d’une plaie de la terre
ils se souviennent d’en avoir été
____________ hurlant en silence
____________ le sang et le sel

*

Leurs branches sous le vent
algues tentaculaires

Ils projettent l’obscurité
une encre de seiche
— la lune est un bout d’os —

Oui la nuit sourd des arbres
une sève débordante
une maladie noire
dans la forêt de hêtres

Et ce chemin entre les troncs
vers on ne sait quelle demeure d’oubli
ni quel ancien coffre moussu
et sombre d’armes rouillées

À s’y rendre
à s’y perdre aussi
chaque homme redeviendrait
l’enfant de terreur et de haute-mer
qu’il entrevoit parfois
dans sa forêt mentale
.

Emmanuel Merle, ICI en exil  — L’Escampette Éditions Poésie, 2012