Choses encore sans importance

Photo © Kuszacy

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Entre deux incertitudes.
Car le point de certitude, s’il naquit jamais, en désaccord avec lui-même, disparût.
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Tandis que les souvenirs affluent, convoqués au rassemblement, rauques malingres aboiements dans le jardin d’à côté. Cette matière vocale rituelle, frêle et têtue, importune combien pour l’intime part du soir que l’on voue au silence. Crispation temporaire, le nerf lutte en désagrément. Et puis tout passe, jeté dans l’ire du papier, car le monde est le monde et il suffit bien que chaque jour y vienne cogner sa peine, la vraie celle-là, le cœur occis toujours un peu plus dans ce geste de mort devenu mot de guerre ordinaire.

VB

Pierre-Albert Jourdan

© Brandon Kidwell

© Brandon Kidwell

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Il y a sans doute pour chacun de nous un cœur lointain qui aspire et refoule sans cesse un paysage élu ; que le sang longe et appelle désespérément ; une odeur de fumeur dans les heures débroussaillées d’avant-printemps comme un secret d’enfance perdu et familier. Ainsi l’attente se dilate au point d’être, à l’inverse d’une économie, une brassée d’instants, de fleurs continuelles. Là est le chemin qui bifurque, vivifiant. L’homme qui est en passe de perdre ses forêts, son sommeil, le furtif cliquetis d’armes, luisantes par éclairs comme un fleuve lointain, ne le surprend pas, il s’échappe. Il y a un maquis du bonheur désormais. Aussi bien, à l’intérieur de cette menace — les armes inutiles — ce sont des vergers qui tendent vers le ciel de fines épées teintées de sang, une tout autre bataille où l’homme dépossédé tente une dernière, une dérisoire alliance.

 

Pierre-Albert Jourdan, extrait de La marche (Premier volet)
Le Bonjour et l’Adieu
, Mercure de France, 1991