Saxifraga

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Photo ©Hans

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Si souvent dans l’aube minérale
je léchai ton gris de pierre

fracas,  stupeur où dissentiment
né au creux de toi

faille reins infime repli
viennent buter au soir venu,
rendre muette l’attente

Alors, une lente entourloupe
casse le passage
ouvre la fente
porte son insurrection
vers la lumière

Cela serait, nul doute,
dans la force tranquille du mystère naturel
si foudre engloutie ne s’y mêlait
à vouloir plus fort que tout
la tentation vigoureuse de régner
le théorème qui fait de toute vie
une parcelle de vérité

Valérie Brantôme, 18 XI 2015 *

 

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* version initiale ici

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Monologue déraisonnable avec une danseuse

Mu, saison 2

Mu, saison 2 / Photo © Alain Julien

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à Marinette Dozeville

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Avignon doublement. En grand jour de foule anonyme, grouillante, où fournaise tout écrase et cependant s’allège du parfum de citron. Loin l’été au réveil de novembre, puis au retour de mars, proche encore l’acclamation des corps, l’instinct qui fut vierge d’immédiate parole mais qui porte jusqu’à aujourd’hui la moisson d’un lent mystère.

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Nu — Mu
Ce qui du corps accueille
Envol & Berceau— ennemis intimes

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Monde, mis en demeure d’écoute,
lâche ton omniscience,
Je
suis
Peau
et mon cri froisse & tambourine
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Une carrière de lecture du corps où l’œil martèle muet le sens. Tendue dans le flux d’une parole inaccoutumée à l‘exhortation du danseur : danse – écriture anatomique égale pour moi cette autre fascination de l’humain qu’on célèbre, désentrave.
J’aime.

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I — Saison silencieuse

Une attente animale au sol
On omet le bruit pour ouvrir la scène
Et ce don de lumière succincte accroché au non visible

Pour unique versant, la fourrure,
unique gestuelle, l’onde originelle d’une reptation
l’onde souple et lente d’une soif d’une naissance d’un souffle

Ce qui temporise à couvert
sous le pli moelleux
déploie sans brusquerie
sa patiente obstination vers le ciel

Entente
où s’avoisine l’univers, toute pesanteur déchue
faut-il que femme dise, lentement dépliée,
ce qui doit mourir sous le masque

 

* * *

 

« Où j’ai vu brûler d’ombre double ce fond de blancheur mutique »

Patrick Laupin, Jour d’octobre

 

II — Le crire

 

Dans l’espace divisé de la lumière
l’immobile imperçue de l’œil.
Ne plus vouloir rien dire que le cri.

Nu partageant nudité,
risque hardiesse dans la tension du muscle
et devient roulis nocturne à l’heure
où Debussy pose l’incantation d’une naissance

 

L’insurrection de prendre appui sur l’invisible
Un accroc de blancheur dans l’obscur
peau préalable à tout accord peau préface peau parchemin

 

Nage envol extraction
Chose à quoi venir, venue ou revenue vers soi
au plus dérangeant des hymnes

Peau aurore où vient se poser le froid, le feu
ce temps des choses non apprises
mais l’on accepte leur lente poussée métamorphique
vers le rire.
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Valérie Brantôme

Si peu

Photo © Olivier Bastide

Photo © Olivier Bastide

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Le cul sur le rocher
à regarder pensif
l’eau claire clapoter au rebord du pied

Un mois de galets, d’ajoncs et de cannes,
d’intimes bois morts revenus pourrir au rivage.

Il arrive qu’on s’en retourne enfoncer sa botte
profond dans l’amoncellement du varech
et ce lourd charivari de mer
perdant ses relents dans la narine de l’âme égarée.

Le vent fouette sous les premiers rayons
d’un ciel morne,
il n’y a personne pas même le chien en sentinelle
dans le pas des matinaux.

Il n’y a que cette vieille douleur
qui s’écoule dans le ressac,
s’en va et revient,
grignote lentement la brouaille.

VB, Octobre présent

Regain

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III

Tu vois, tout ça n’a plus d’importance.
Tu peux abriter sous l’orage du silence
la fièvre qui embrase à nouveau
et mâche son regain
comme une herbe sauvage pousserait au dedans.

Tu peux, à pas de loup
guetter l’oiseau migrateur
qui s’en va boiser d’autres printemps
& jouer de fugue et de musique sorcière

Tu peux — sans qu’il soit nécessaire
d’enfouir sous la terre séchée
la parole d’évasion que cent fois
tu tournes dans ta bouche

La lumière se fait grise
mais ce qui survit encore
en nous de si chétif
garde le dernier souffle pour la joie.

Valérie Brantôme, Octobre présent

 

Au jour le jour sans titre ni armure

Photo © Yuna Parmentier

Photo © Yuna Parmentier

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Octobre au démenti de gris
Un automne désinvolte y pourlèche encor
son temps de langueur
et de vieilles colères assoupies
sous l’herbe de pluie

Moratoire
& coups de langue
aux assauts de foudre et de rage

douceur onction douceur
il est des heures que l’on rabote fiers à la hache
au lustre d’anciennes frénésies

Régals
couchés sous la lampe à venir
— quand rêches baisers des lendemains
tu tends vers la bouche ignorée.

Valérie Brantôme, Octobre présent