Petite gare inconnue du printemps ~ Maurice Chappaz

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Ai-je laissé passer la terre promise ?

Les voyageurs sont nus et ivres
et las
et ils ont le mal du pays.
Les champs ressemblent à des visages soucieux.
L’aube écrit vite
avec un bâtonnet d’ombre.
Un verdier s’enfuit.
Derrière les barreaux de ma vigne j’écoute le printemps.
La pioche retient son souffle : les bourgeons
sont fragiles comme du verre.

Je desserre les lèvres de la montagne.
Je suis aux prises avec la première coupe de parfums
ceux qui ont rongé la neige,
les parfums porcs.
Ce goût de pomme sure,
cette odeur de bois pourri, d’humus et de vent,
l’odeur du ventre d’une mère
et d’une feuille d’arbre en voyage.
Les collines sont giclées dans les trayons,
les mousses se délivrent.
Par millions les fleurs, les graines,
les bestioles infimes,
la cohue des larves d’insectes
traversent leurs pertuis obscurs
comme s’ils pérégrinaient tous
par les vaisseaux de mon corps.

Maurice Chappaz,  Tendres campagnes
in Cent poèmes pour ailleurs, Anthologie établie par Claude-Michel Cluny,
Orphée La Différence, 1991

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Maurice Chappaz sur Viceversa, sous l’œil de Jean-Louis Kuffer

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