Cédules ~ Henri Droguet

 


Égarés petits songes
à brume à pique d’aube
gainée d’encre et de rose Nil
nacreux ciel ouvert formidablement
oiseaux perdus dans les saulaies vertes
astres encore à la vadrouille
vois rouler là aux fleuves impossibles
la tête à sang jette-z’y
jette la pierre d’oubli

Le vent l’inlassable se dépayse
et fait merveille à l’arbre
à bâtons rompus l’arbre figurant
qui passe et cache une forêt grise.

                    *

de temps en temps la nuit
canton détourné
tiroir mon beau tiroir entre deux trains —
donne présence aux mots
ils craquent et c’est
l’envers du petit ruisseau
qui se déperd et détisse l’urgence
l’énigme l’impossible patience : être là
dans-une-âme-et-un-corps
allons ! j’y suis
durer n’y est pour rien

                   *

L’homme a porté sa main
au ventre qu’il
attendait qui
l’attendait
rapt ou coma magnifique
implacable caresse
l’abîme aimé s’ouvre
ou si c’était rêver l’ombre nomade
où retrouver d’autres rives
d’autres nuages enflammés
et leurs collisions vagues…
Dis… Qu’est cela ?

                   *

Demain jamais plus fini
l’hiver fait ce qu’il peut
renglace l’osier pourpre
la potentille et le mélilot
la neige sera sous la terre
l’azur nu chiffon rechigné
souviens-toi la vitre était buée de buée
et cela était bon.

23 janvier 2001

 

Henri Droguet, 48° 39′ N – 2° 01′ W (et autres lieux)
Gallimard, coll. Blanche, 2003

 

 

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