Septembre sans amour ~ Nìkos-Alèxis Aslànoglou

Photographie Wim & Donata Wenders

Photographie Wim & Donata Wenders

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Quel est celui que tu attends marchant toujours penché
dans l’insouciance d’un septembre de miel
sans cesse on te dépasse mais reste le parfum
des kilomètres aux lumières des gares
et dans la tête les haleines chaudes et la mer.
Ils ne pourront jamais plus te voir
comme autrefois, dans les yeux ; et toi, écartant une à une
les branches du domaine pour voir la ville
tu ne verras nul signe au ciel d’automne
en t’éveillant dans le recueillement de la terre gelée
de l’espoir sale, de l’ivresse vulgaire.
Ils savent désormais pourquoi détournant les yeux
tu les nourris de drogues et tu daignes
les laisser perdre le restant de leur vie
mais cela suffit
et la musique peut bien se noyer dans le sang
car bouillonnent les bruits d’une ambiance d’hiver, moteurs, fumées
remue-ménage nouveau pour ton prochain départ

Nìkos-Alèxis Aslànoglou, Odes au prince, 1981
Anthologie de la poésie grecque contemporaine, nrf Poésie/Gallimard,2007

Traduit du grec par  Michel Volkovitch

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Ars poetica

Photo © Chris Friel

Photo © Chris Friel


Je veux que le poème soit nuit, errance
dans des rues isolées, des artères
où la vie vient danser. Je veux
qu’il soit combat, non pas musique dénouée
mais passion d’exprimer en soi l’incohérence
le désordre qui prendra feu si l’on ne joue pas
le tout pour le tout
tandis que les autres, indifférents, sûrs d’eux
se gaspillent ou se préparent le soir
à mourir, toute la nuit je cherche des petits cailloux
incorruptibles dans le monologue de chaque jour
même très usés. Qu’ils brillent
dans leur épaisse obscurité, maigres insectes
hasardeux, que le sens tue
et qu’abreuve le sentiment
.

Nikos-Alèxis Aslànoglou,  La mort de Myron (1959)

 Anthologie de la poésie grecque contemporaine 1945-2000
nrf Poésie/Gallimard, 2007, p.145