Amin Khan, parole en archipel.

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Ô sang gourmand
tu parles comme un ruisseau

où les amies se morfondent
et grattent leurs mandolines

où les oiseaux fondent
dans un ciel d’enclume

où les gorges se font soudain
douces et mesquines

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Ma part de trouble
est celle d’un autre
veinée d’or et d’acier

elle se tient au bord
de mon corps chevauché
à l’os du chagrin

elle est arabe et indienne
elle implore et ignore
alors qu’elle est mienne

Amin Khan, extrait de Arabian Blues, MLD, 2012

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Henri Émilien Rousseau,
Cavalier de l’Atlas

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Il y a ce temps gagné
de fièvre longue et d’odeurs animales
et cette immense gorge qui râle de désir
absolu
et ces soldats perdus
aux yeux fardés de noir

et puis soudain ce jour pâle
vide de sens
et cette plaine blanche qui lève
à l’horizon perdu

[…]

Vanité de l’aube grise
qui laisse boire encore
le drap rouge d’un homme sans nom
et la lumière incertaine
de la chair ouverte de l’ennemi

et puis soudain le silence argenté
des doigts endeuillés
dénouant la soie salie
du foyer piétiné dans la nuit

Amin Khan, extrait de Archipel Cobalt, MLD, 2010

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► Amin Khan (éléments biographiques)
► D’autres poèmes sur Terres de Femmes et sur le site du Scriptorium

Esquisse pour la vivante ~ Dominique Sorrente

© Photo Tomas Ruck

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Je suis celle qui se voue à la flamme, dis-tu..

Et moi,
dormeur debout
ou marcheur allongé,
je me vois pactiser avec le corps du feu..

Nu parmi les encres sèches,
avant de retourner à la boue,
avant que chaque mot me dépossède
sous sa feuille de verre,.

je me vois
qui écoute, émerveillé,
où ton ventre respire,
dans le magma pur des origines,
le bruit que fait une chute
insignifiante..

Où plus rien ne résonne, tu te lèves, tu es la vivante.
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Sur l’univers de ta peau, je consacre chaque centimètre.

Et voici,
dans l’incertain pays, je touche la violence, et la douceur
de cette violence,
quand tu dis : désastre de l’enfant intérieur.

Puis j’imagine le cocotier aux deux sexes dans une seule graine,
et le doreur sur trempe
qui dit : on a toujours deux vies..

C’est bien ici. Les amoureux se reconnaissent
à leur façon de trouver des anagrammes
aux prénoms de la terre.
Ils rient pour faire de la conversation une oeuvre d’art.

Sur ce rebord du monde qui nous rendra tous étrangers,
je suis
un corps debout
qui tient le paysage.

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Dominique Sorrente, Esquisse pour la vivante (extrait)

C’est bien ici la TerreÉditions MLD, 2012

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