Bilan ~ Tàkis Sinòpoulos

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Que nous est-il resté du décor ? La chaise et l’autre chaise,
le tournant brusque du vent.

Ou bien, disons, feu le soleil avec ses vitres et ses oiseaux.

Nous savons avancer, approuver, oui, nous nous trouverons,
je me souviendrai de toi.

Ce qui se déplace et passe et n’est pas entendu,
à peine entendu dans les mots.

Volte-faces, reprises, béances, et l’abandon, surtout l’abandon.

Ce qui est parti sans partir, le mur qui respire, la pierre a son ombre,
l’épine a sa lune,

l’humble trésor laissé sans défense aux dents de la forêt,

le vallon oublié dans l’auge du silence, et sa goutte d’eau noire.

Dis-moi, que reste-t-il encore ?
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Tàkis Sinòpoulos, extrait de  Pierres (1972)
Anthologie de la poésie grecque contemporaine, Poésie/Galllimard, 2007
Traduction Michel Volkovitch

 

Septembre sans amour ~ Nìkos-Alèxis Aslànoglou

Photographie Wim & Donata Wenders

Photographie Wim & Donata Wenders

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Quel est celui que tu attends marchant toujours penché
dans l’insouciance d’un septembre de miel
sans cesse on te dépasse mais reste le parfum
des kilomètres aux lumières des gares
et dans la tête les haleines chaudes et la mer.
Ils ne pourront jamais plus te voir
comme autrefois, dans les yeux ; et toi, écartant une à une
les branches du domaine pour voir la ville
tu ne verras nul signe au ciel d’automne
en t’éveillant dans le recueillement de la terre gelée
de l’espoir sale, de l’ivresse vulgaire.
Ils savent désormais pourquoi détournant les yeux
tu les nourris de drogues et tu daignes
les laisser perdre le restant de leur vie
mais cela suffit
et la musique peut bien se noyer dans le sang
car bouillonnent les bruits d’une ambiance d’hiver, moteurs, fumées
remue-ménage nouveau pour ton prochain départ

Nìkos-Alèxis Aslànoglou, Odes au prince, 1981
Anthologie de la poésie grecque contemporaine, nrf Poésie/Gallimard,2007

Traduit du grec par  Michel Volkovitch