100.

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« À son plus haut degré d’excellence, la poésie saisit parfois ces instants
où les plateaux de la balance s’équilibrent, où sur le fil de l’épée comme
à la pointe de la rame les contraires se concilient.  Elle le reproduit avec
une tonalité incomparable, celle d’une très ancienne
sagesse à l’intérieur
de laquelle s’épanche et jaillit la jubilation enfantine.

Le sentiment de la peur y manifeste sa présence, celui de la certitude aussi,
et  l’interrogation et  la mémoire  dialoguent ensemble, tandis que le vif,
au centre de ses trois âges, peut s’entretenir en paix avec les morts. Il est
devenu semblable à Janus aux deux visages, ou encore, comme certains
arachnides, il se trouve doté de multiples yeux qui lui révèlent simultanément
tous les aspects de la route.»

Cristina Campo, Les Impardonnables

Janus

93.

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Repousse l’heure de ton réveil,
nous te le demandons :
les lieux sont déserts et nous ne voyons rien
hormis cette haie au milieu d’un pré.
La brise du matin se berce entre les branches.
Une haie sauvage, obscure et vide.

Cristina Campo, Les Impardonnables.