Parallaxes ~ Lionel Jung-Allégret

Photo © JC Bonachera

Photo © JC Bonachera

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L’aube était soudain venue, blanche comme une colline touchée
par une neige de passage.

Il y avait des apparitions dans la blancheur, des formes passantes,
des appels inachevés sous un soleil de craie comme des traînées de
volts dans un cœur qui s’étreint.

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… cela a commencé il y a longtemps ; c’était là, imperceptiblement ; si éloigné, ou si proche, que l’on devine seulement un sillage effacé, comme une fumée presque invisible dans le ciel ;

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C’est une heure de solitude. Presque une fissure. Aux marges de
la lumière. Une absorption dans les lignes du silence.

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On croit assister à la naissance de la vie : une impression
effrayante de déjà-vu …

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on ne sait s’il s’agit de la naissance d’un vide, ou de son retrait ; on dirait de la lumière sans lumière, absorbée par sa propre distance ; ça n’est presque rien, un souffle sur le visage, qui parfois s’en détache, pas toujours, s’attarde, pareil à l’air froid après la dissipation de l’ombre ;

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Le vent se pose

l’herbe le dénoue
l’apaise

un temps.

Celui d’une distance où le regard abrupt se perd et s’enroule dans
un sifflement de gréement céleste. Avant de faire face. Avant de
retrouver la chair mangée par le sable.

Un temps.

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on ne perçoit qu’un  fugitif aplat, comme une salissure ancienne  diluée dans  la couleur ; on pourrait ne pas s’y arrêter ; c’est une  question d’habitude ; il suffirait de détourner le regard ; d’en chasser la gêne comme celle d’un grain sur la cornée ; ce n’est peut-être que cela ; un reflet …

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Lionel Jung-Allégret, extrait de Parallaxes, Al Manar Éditions Alain Gorius, 2013 / Interventions Joël Leick

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► Un autre extrait de Parallaxes sur Terres de Femmes & Note de lecture par Angèle Paoli.
► voir aussi, du  précédent recueil, Écorces