Le verbe des années ~ Antoine Choplin

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C’est un crâne


et des mâchoires ogresses
mordant
aux quais du bassin

un ventre d’ombre
où bat le chant
des suintements
et des éclats étranges

siffle encore
par ici
l’haleine des temps rudes
qui aimante
et
fait hâter le pas

au fond
les eaux ouvertes
immobiles
luisent
comme des langues grasses
qui n’en auraient pas fini avec les aveux

Sur les sols tendres
et silencieux
repris par les morts-bois

s’élève la multitude famélique

des araignées géantes
figées
par le flambant-neuf des sortilèges

on a lutté ici
on s’est serré les coudes

mais la mémoire
déjà
s’envole

et les bassins d’eau rouille
les allées noires
les brèches
racontent d’autres histoires

aux enfants
surgis

venus ensemble frotter leurs rêves
à l’inclémence des temps écoulés

cherchant
depuis les hauteurs fracturées
à porter ailleurs le regard
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Antoine Choplin,  Les cargos glissent à l’horizon des rues
Éditions Cénomane, 2012
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Tectoniques ~ Antoine Choplin

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sans-rien
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Sous la dolomie ocre
dans le chiffon des premiers plis

compagnon d’un nuage
de poussière sèche
j’arpente le labyrinthe de pisé
parmi les regards inaperçus

au nord
l’horizon se brouille

je pense à tout ce qui
par-delà les brumes chaudes
est criblé de vie

*

Dans le rien des Hauts-Plateaux
la ligne de chemin de fer
a le perçant de l’adolescent

elle fouille vers le sud
comme lui
dans la chair des mondes bâtis
à l’exact confin du désir
et de la colère

*

J’ai habité longtemps
la dernière maison
juste avant les déserts

j’ai attendu le jour
où d’entre toutes les soifs
celle dont souffrit Tantale
me deviendrait la moindre

et ce matin
voilà
je suis parti plus loin
parmi le sable
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Antoine Choplin, Tectoniques
Le Réalgar, coll. L’Orpiment, 2016 –  Dessins de Corinne Penin

 

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