« La beauté est quelque chose d’animal* »

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Photo © Carmen Gomez

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Alors le bec vise un point dans le soleil bas
Un petit cercle à peine large comme un trou d’aiguille
Mais juste assez pour qu’une fois encore
La mémoire abîmée peut-être
Comme un chant de marins quand les mots
Flottent encore
Quand la langue faseye
Ou comme un chat noyé
Au fin fond de nos gorges
Et qui revient sans cesse de son sac de nuit
Les yeux pleins de lumière

Marc Le Gros, Cormoran

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* Joseph Joubert, Pensées

117. (avant-goût)

12 décembre

On vit avec des kystes d’amour disséminés dans sa chair, des ganglions,
de discrètes tumeurs, des chagrins… Et toutes ces choses, ainsi,
irrémédiables, cette suffocation d’être que l’on ne peut traduire,
ces paroles banales que l’on échange sur un trottoir ou dans une cuisine
(ma mère, soliloquant, moins rageuse que bouleversée, mon père,
qui remercie…), le geste enfin, quand on s’en va, la main qui s’agite
derrière le carreau, le visage dont on ne distingue plus la maigre clarté.
Ce que l’on n’exprime pas. Que l’on n’a ni le cœur ni les tripes de dire.

Lionel Bourg, Dans le vent du chemin (Cadex Éditions, 2000)