Mandorle ~ José Angel Valente

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Photo © Sarah Bethea

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ÉTENDUE

Je ne veux rien d’autre qu’être sur ton corps
comme un lézard au soleil les jours de tristesse.

Dans l’air se dissolvent les pleurs brisés,
le pied des statues retrouve son lierre
et ta main me cherche
sur la peau de ton ventre

où je dors étendu.

*

MATERIALE MEMORIA III

La rencontre fugace des amants
dans les lits furtifs de l’après-midi.
Et déjà l’adieu comme précédant presque
le début de l’amour
et l’amour haletant
à tes aines buvant
le ventre bleu de ta première nudité,
tes paupières et la brusque pulsation brisée
d’un temps immémorial
larguant les amarres vers l’intérieur du temps.

Tu disais, ce sera la nuit, mon amour.
__________________________Et la lumière
tombait déjà,
mais c’était égal, comme était égal
égal à égal
jamais à toujours, jamais à encore
dans la seule saison
_______________solaire
____________________de ton regard.

 

*

IANUA

Quelle lumineuse déraison d’avoir engendré l’amour. Sur l’épaisse,
la processionnaire cendre des jours et le gris dilué des poursuivants,
éclate l’arôme de ton bleu. Je ne connus de vérité qui ne fût tienne
ni d’espace extrême où finalement n’apparût la tiédeur de ton corps nu
ni de territoire où tu ne fusses le centre et l’étendue. Quelle lumineuse
déraison l’acte simple d’ouvrir toi-même le cercle et une porte vers l’intérieur
de toi que jamais plus je ne trouverai close.

José Angel Valente, Mandorle, Éditions Unes, 1992
Traduit de l’espagnol par Jacques Ancet

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