Erwann Rougé ~ Forêts

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J’appartiens à ce lieu de pierre, à son odeur
à ce feuillage qui porte le feu,
à ces ondes gravées à même la terre.
Là où s’enivrent les arbres
les yeux ne regardent plus le vent.  Et la démesure
et  la  lumière vont  montantes.   Tourne et tourne
profondément le feu,  je serai à l’écart de moi.  La
cendre retient toutes les clameurs et les tourments
d’être corps et saison d’une âme.

*

Je fus le cri, le repère d’un loup
le pommier sauvage, le repère de toutes les forêts.
Je fus la pierre que l’on abrite contre soi,
l’étreinte entre les genoux, l’inexplicable
frontière où les morts parlent.

Aujourd’hui je fais corps avec un arbre…

*

Ils sentent encore l’excès de sève.

J’enduis leurs reins d’ortie
et de sureau, longues jambes porteuses de boue.
Viens dans mon souffle, racine d’amour.

Yeun et montagne regardent entre deux mondes,
leurs lanières de brumes
inondent la nuque et les genoux.

Femmes du vent, vous êtes les traces
de pas qui sommeillent dans le marais
et brûlent à la lisière de voir.

Erwann Rougé, Forêts [Éditions Unes, 1992]

 

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