Lionel Jung-Allégret ~ Ce dont il ne reste rien

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Ni semailles ni récoltes. L’air est illuminé de boues.

La peau, arrachée à des mains qui sortent du ciel.
Ici la vie s’accroche aux épines des féviers
comme araignée au fl de l’épée.
Luisante de légèretés.
Creusée d’ombres.
Vacillante comme le feu perdu.
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[…]

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Ecris leurs nuits de femmes soumises.
Leurs matins meurtris et volubiles.
Leurs métamorphoses de linges et de graines.
Leur peau jonchée d’enfants sans nom.
Ecris la lapidation. Les yeux excisés par l’ignorance.
Les os brisés et les hymens au sang jaune.
Ecris leurs vagins cousus de honte
et la Beauté restée vierge.
Ecris pour elles.
Pour l’eau usée des rêves et le vent létal qui se vide entre les arbres.
Pour leur parole tue. Retournée au bout du monde.
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*
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Ecris le silence des livres d’école et des lettres enterrées sous les lits des maisons. Ecris ce vide blanc au centre du temps où des mains aux douceurs insensées se sont posées sur ton front.

Ecris ce chant de havres et de chemins. Ces fenêtres battues d’ustensiles. De gruaux.  De fumées. De tabliers enduits de crasse  et  de bonne volonté.

Ecris avec la densité des miroirs. Avec de l’eau rougie dans les éviers et la persistance remontée du puits.
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Lionel Jung-Allégret,  Ce dont il ne reste rien 
[Éditions Al Manar / Poésie, 2017 – Encres de Catherine Bolle]

 

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