Un jour un homme

un-jour-un-homme

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Je reçus une lettre de sa main. Aussitôt je m’enfonçai dans son écriture. Incisive, elle lacérait la page de lettres barrées vif et de finales en coups d’estoc. Les jambages y asseyaient leur descente dans le terreau des sens, les hampes défilaient en rang disciplinés, ordonnant droit la pensée, mêlant cohérence et probables co-errances, triturant la raison jusqu’à la moelle. À la clef, la dense fumée du mystère, pensé, voulu, entretenu d’un bout à l’autre du discours, croisant ce que l’on y quête de vérité prédite par la main.

Mots écrits dans le gris de la plaine, sous un ciel aimable et passif dont il semblait appeler la contagion. Se garder froid, surtout, calfater chaque possible percée de frayeur ou d’euphorie. D’un calme cisailleur, plier la parole afin que toujours, elle dise une vérité sans mensonge, qui ne se dit jamais réellement, afin que jusqu’au bout, quelque chemin que l’on prenne vers la compréhension, il demeure impossible de tabler sur sa certitude.

Il aurait fallu n’entrer que dans la part choisie, la face claire du miroir où l’illusion, lèvre ourlée d’un demi-sourire, s’accorde un temps de répit. C’eût été mentir cependant. Si le mensonge concède parfois de s’aménager un passage calculé, il devenait odieux et irrecevable ici, dans ce pénible exercice de transparence réclamant authenticité. Aussi y déroula-t-il tout ce qu’il était capable de contenir en lui, un chapelet de pensées dont l’ébauche prometteuse conduisait invariablement aussi bien à l’aboutissement que l’on pouvait supputer d’elles qu’à la déroute de leur contraire avéré. Un visage, dont le masque restait collé à son propre visage, ainsi m’apparaissait-il : « Celui que tu vois, c’est moi, mais de moi, tu ne peux rien voir », cette sentence à l’encre invisible, avertissement dans les balises du silence.

[…]

VB.

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