La nuit je voyage en train

Photo © Erich Reichel

Photo © Erich Reichel

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La nuit, je voyage en train.

Le bourdonnement de l’abeille s’est tu, le créneau de parole a quitté les démences d’azur d’un ciel que l’accoutumé vent des jours laboure de ses foucades. Il fait sombre même en pleine lumière, d’interminables hautes arches courent au-dessus de la hâte humaine, les bruits barbotent dans de muettes correspondances connues de la mémoire : ils sont là, bien présents, mais le son s’est dilaté dans l’absence. Sous la verrière et les croisements de poutrelles, les ding-dong du haut-parleur et le brouhaha des voix restent immobiles, inaudibles à la vie qui file par les corridors du sommeil.

Pour la nième fois, mon aube paradoxale me reconduit au rebord des quais en partance, dans les travées du froid, sous la voûte familière de halls gutturaux comme la langue de leur pays. Je ne m’explique toujours pas pourquoi ces pérégrinations du rail traversent à chaque rêve les Bahnhof d’un temps oublié, une Allemagne dont la géographie et la signalétique demeurent pour moi mystère, des sons habitants de l’oreille, à l’inatteignable sens.

Je voyage dans ces vieux compartiments de l’enfance où le compagnon de hasard vous ausculte du regard depuis la banquette de cuir en face, les prunelles en va-et-vient placide ou intranquille — c’est selon — entre la vitre du couloir et celle des vaches qui défilent dans la grisaille du dehors.

D’où vient que ces places, ces préaux de métal, ces rails qui s’élancent vers un lieu sans nom et ces heures à venir dont on ignore tout portent tous en eux l’assurance du mot Allemagne ?

Les saisons me comptent dans la solitude, la main d’une enfant dans la mienne, parfois, avec le souci d’un bagage qu’on eut peine à ficeler tant l’odyssée ne semble gagnante que d’inconnu.

Mes rêves ont leur fidélité. Ils traversent opiniâtres ces états intérieurs auquel le jour dénie leur vérité, ils s’amarrent à des berceaux et des séjours qui sont comme la maladie du retour contre laquelle le matelot ne peut rien.

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VB, 8-III-2016

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