Giuseppe Conte ~ Animaux étrusques

 

Ils entrent dans la mort, leurs cheveux
joints derrière la nuque, le sourire
desséché, abandonnés
sur leur flanc, prêts à descendre
sans souvenirs, leurs mains
ont chu, indifférentes ; nombreux sont-ils qui tiennent
un miroir dans la droite.

Ils entrent où l’on ne meure plus. Traversent
obscurité et profondeurs, émergent à nouveau
aux lisières d’une mer remuée par des dauphins
volants, des dragons, des quadriges
de griffons.

Ce ne fut pas un « homme », celui que tu vois éparpillé
en feuilles, écorces, gravats autour
d’un crâne. Ce fut une joie sans nom, légère,
de pierres, d’ailes, de soleil.

*

Le griffon au bec d’aigle, au corps
amaigri, plus chien que destrier,
fondant sur l’échine du tendre cerf
il le dévore

Il a l’échine courbe, le cerf, des cannes
pour membres. Il tombe mais ne gémit. Sa course
se termine face au silence
d’un arbre — des forêts
naissent d’un arbre unique, il aura pour lui
encore l’acacia d’or et les matins.

Le griffon a des yeux vides, des ailes
immobiles, vagabond mais de pierre désormais ;
il n’a ni haine ni volonté, ignore
pourquoi : tuer est pour lui un rêve obligé.

Giuseppe Conte, extrait de L’océan et le jeune homme
Traduction © Valérie Brantôme, 2015

.

Animali etruschi

Entrano nella morte con i capelli
raccolti dietro la nuca, in un sorriso
prosciugato, abbandonati
su un fianco, inclini a scendere
senza ricordi, hanno mani
estranee, cadute; in molti reggono
lo specchio dentro la destra.

entrano dove non si muore più. Traversano
buio e profondità. riaffiorano
sugli orli di un mare smosso da delfini
volanti, da draghi, da quadrighe
di grifoni.

Non fu un «uomo» questo che vedi sgretolato
in foglie, cortecce, calcinacci, intorno
a un teschio. Fu gioia senza nome, leggera,
di pietre, di ali, di sole.

*

Il grifone dal becco d’aquila, dal corpo
smagrito, più di cane che di destriero,
calato sul dorso del cervo tenero
lo divora.

Ha dorso arcuato il cervo, gambe
di canna. Cade eppure non piange. La sua corsa
finisce davanti al silenzio
di un albero – foreste
nascono da un solo albero, avrà acacie
d’oro e mattini per sé ancora.

Il grifone ha occhi vuoti, ali
ferme, randagio ma ormai di pietra;
non odia, non vuole nulla, non sa
perché: uccidere per lui è un sogno
inevitabile.

Giuseppe Conte, da L’oceano e il ragazzo, Rizzoli, Milano, 1983

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