Pierre-Albert Jourdan

© Brandon Kidwell

© Brandon Kidwell

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Il y a sans doute pour chacun de nous un cœur lointain qui aspire et refoule sans cesse un paysage élu ; que le sang longe et appelle désespérément ; une odeur de fumeur dans les heures débroussaillées d’avant-printemps comme un secret d’enfance perdu et familier. Ainsi l’attente se dilate au point d’être, à l’inverse d’une économie, une brassée d’instants, de fleurs continuelles. Là est le chemin qui bifurque, vivifiant. L’homme qui est en passe de perdre ses forêts, son sommeil, le furtif cliquetis d’armes, luisantes par éclairs comme un fleuve lointain, ne le surprend pas, il s’échappe. Il y a un maquis du bonheur désormais. Aussi bien, à l’intérieur de cette menace — les armes inutiles — ce sont des vergers qui tendent vers le ciel de fines épées teintées de sang, une tout autre bataille où l’homme dépossédé tente une dernière, une dérisoire alliance.

 

Pierre-Albert Jourdan, extrait de La marche (Premier volet)
Le Bonjour et l’Adieu
, Mercure de France, 1991

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