Pour une page d’encre lézarde

Photo © John Painter

Photo © John Painter

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La roue du récit : tout de rouille, enferrée dans l’idée aux doigts raides, et ce vieux regret d’inertie qu’on traîne encore à peine.

Par quelle loi soumettre le quelque chose qui couve en nous, à l’étouffée, convoquant de tacites correspondances à l’œuvre du dehors vers l’esprit, de l’esprit vers un dedans toujours cicatriciel ? Traduire le monde et tout ce qu’il porte d’inacceptable tombe dans l’heure vaine ; à qui bon vouloir en presser l’absurdité, ce n’est que boire à la coupe d’un suc nauséabond, au goût de fuite et de nuit amère.

Un pan de feuille nu, où régurgiter la blessure.

* * *

Frottement brusque — L’enfance qu’on mesure, une nostalgie lointaine qui cueille encore en souvenir le rouge vif de la groseille sous l’été, les doigts empourprés de la mûre des chemins, l’aïeul sévère qui t’apprît la pêche et la droiture, l’assiette de saveurs au goût de jardin du petit matin — Grand-mère, tendresse aimante.

Combien tu les aimes, ces joies bondissantes d’autrefois qui savent encore heurter la part surgelée du quotidien, le prêt-à-bouffer de la rentabilité, la ville anonyme et l’individu fantôme qui glisse sans sourire au rebord de tes pas.

Un pan de feuille nu, où jeter pêle-mêle l’instant anarchique. Et chercher par quels ininterprétables traits s’enfuit la part du moi réclamante, défaite, perdue de tristesse.

VB, Octobre présent

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