Vortex

vortex

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Je voulais nommer, et tout se heurtait à la bouche, ressac retourné à la terre du dedans. Depuis cette parole toujours inaboutie qui creuse ongles nus sur le sol muet de la mémoire. Depuis le silence enfoui de l’enfance qui cherche la vérité derrière des yeux collés d’une tristesse inconnue d’elle. J’aurais dû savoir alors que des milliers de couples se font une guerre bâillonnée, née d’un germe qui est le vôtre, où seuls les murs crient sur d’obscures victoires. J’aurais dû comprendre pourquoi mon corps choisissait de ne plus accepter, coupant brutalement les compteurs quand le point d’inconscience implose dans un passage de l’enfer. Le noir absolu vient, roulis imparable, où le souffle tombe dans la trêve des vivants. Un terrible vacarme rumine aux oreilles le temps de la pénible remontée vers l’air — il y eut sans doute un ange, pour à chaque fois retenir ma main en partance vers l’autre chemin — l’interminable laps de violence est un manège devenu fou, le cœur vrillé jusqu’à la nausée, le cerveau crépitant, dans la vitesse cent fois haïe du vortex. Saurai-je dire les mots, pour enfin dégueuler tout ça ?

Les voix s’éclaircissent autour, à n’y rien comprendre encore, mais quelqu’un serre doucement ma main. Ce n’est pas encore l’heure. Le corps n’a plus rien retenu, devenu parcelle de vide, lavé jusqu’à l’extrême de ses nœuds sans réponse. Jusqu’à quand, avant que tout ne recommence ?

J’aurais voulu, simplement, avoir les armes de ma naissance.

Valérie Brantôme, 08 XI 2015

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