Brioude la romane

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à celui qui entre nu dans son humanité
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Ici court le nom du vent. Engouffré par le fleuve jusqu’à la terre haute.
Ciel-métamorphose d’un été hors de ses us, rien de cette touffeur qui d’ordinaire écrase le paysage.
Fugacité de trouées vives de lumière, de frimas attardés de mars.
Derrière les nuages au masque lourd, embusqué, le grain traître de l’averse.
Il fait froid sous la rincée.

Mais entrer dans le nom d’une ville. Au lieu des pèlerins, à la racine de briuati la gauloise, celle qui possède le pont. Entrer, quand le cœur a déserté l’Alliance, chercher la figure du saint décapité, quelques reliefs d’histoire ancienne où le IVème siècle et l’hérésie d’une poignée de pénitents te ramènent par ces hasards de l’existence au lieu de ta naissance.

Au pays que tu as baptisé taciturne.
Saint-Julien.
Basaltes, marbres et grès ordonnent d’harmonie leurs couleurs.
Où le pas foule le galet noir de l’Allier, tu viens à la voûte,
humble visiteur, nuque renversée sous l’œil de clarté du vitrail.
Cet enveloppant silence sous croisées d’ogives.

Trente sept baies dans la pierre polychrome.
Elles s’accordent à la lumière du Très-Haut, déploient leur jour habité de clémence, éperonnant l’humeur caméléon de la pierre.
Singulière union, celle du dépouillement et de la couleur, du retenu et du flamboiement, d’un passé médiéval émaillé d’audace contemporaine.
Des bleus et des verts madrés de tempérance, des fougues de rouge et d’orangé lèvent leur passion vers le ciel, donnent dénégation de ce noir impétueux qui heurte jusqu’à l’étouffement le sang de la rosace, présence voulue, peut-être, de cette part que l’homme dérobe aux enfers.

Face à ces coupes de lumière qu’offre la modernité des vitraux — qui paraissent dissoudre le ciel dans la pénombre des travées — tu déposes la bousculade des certitudes et de leur contraire, ton attente au seuil de la méditation. Rien en toi ne va d’évidence, et pourtant, tu puises ouverte à la concorde des lieux.

Sobriété d’un temps parenthèse, où parlent à voix douce un Dieu d’amour et l’homme de foi qui pour Lui créa, dans la pleine mesure de son art. Et ce qui s’en ébruite de plénitude te projette dans le mystère d’un palier inespéré. Y bataillent tes propres contradictions, la moisson d’anciennes croyances reposant au refuge des paix intérieures, l’impossible assemblage d’un présent désaccordé.
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Valérie Brantôme, De Burle et d’immensité (On dit le temps)

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