Inspiration ~ Octavio Paz

.

.

I

Ombres du jour blanc
contre mes yeux. Je ne vois
rien hormis le blanc.
L’heure blanche. L’âme
affranchie du désir et de l’heure.

Blancheur des eaux mortes,
œil ouvert, heure aveugle.
Frotte ton silex, mémoire, flambe
contre l’heure et son ressac,
mémoire, flamme nageant.

2

Détaché de mon corps, détaché
du désir, je retourne au désir,
à la mémoire de ton corps. Je retourne.
Et ton corps flambe en ma mémoire,
et flambe en ton corps ma mémoire.

Corps qui fut Dieu, qui fut corps embrasé,
Dieu qui fut corps et fut corps déifié,
or il n’est plus que mémoire
d’un corps délié d’un autre corps :
ton corps est mémoire de mes os.

3

Ombre solaire sombre faucille
cerne la cécité de mes sources
dénoue le nœud scie le désir
éteins l’âme exténuée

Mais la mémoire démembrée nage
de ses naissances à son néant
toute montée de son avènement
elle nage outre remous et mandement

Elle nage contre le nul
_______________Ardeur de l’eau
Langue de feu scintille l’eau
Pentecôte mot sans mots

Sens privé de sens Penser
Non pensé qui mémoire transfigure
Le reste est brassée d’étincelles.
.

Octavio Paz,  Versant Est

_____________________________________
Aspiración, Poème en V.O.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s