William Cliff, d’Orient

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Un labeur cadencé toujours recommencé
une répétition sans cesse répétée
le marteau qui bourre l’étoupe dans la coque
en frappant le burin fiché entre les planches
un bruit continuel repris de jour en jour
la fumée le tabac les cartes sur les tables
le rejet de l’urine et des fientes puantes
la lune qui revient dans le vagin des femmes
les ferronniers obscurs et les cardeurs de laine
le fil relancé dans l’eau poissonneuse
cette onde à nouveau court mousser sur les récifs
pendant que les marcheurs arpentent la jetée
repassant sur leurs pas pour retourner au Fort
le soleil qui arrive au sommet de sa course
et déjà redescend dans l’oubli du couchant
et le tram traversant les quartiers misérables
et les retraversant dans l’un et l’autre sens
refrappant de son gong pour se frayer passage
et la ville et la mer et l’animal et l’homme
sans trêve reprenant d’identiques besognes
et le jour et la nuit les mois et les années
tournant le même tour autour du monde entier
et la roue sans détour parmi les nébuleuses
sans voir tout ce qui souffre ou la minute heureuse
qui fut celle goûtée sur un lit hasardeux
par deux amants se roulant dans l’amour honteux

William Cliff, extrait de En Orient, Deuxième partie (4)
America, suivi de En Orient, Poésie/Gallimard, 2012

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