Faire avec ~ Lionel-Édouard Martin

LES ÉTOILES

La terre, un os, et les étoiles, des os. L’équarrissage a commencé depuis longtemps ; ça brûle au cœur, racle la chair, l’humide y perd sa source : et tout va le pas des couteaux dans la plaie, fouillant à foulées fauves l’arbre et la mer, les mots, les lèvres, jusqu’à la coque du squelette et jusqu’à la consonne rendue sourde au murmure.

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LA NUIT

Nuit. L’étoile ouvre la bouche. Écoute : rien, ni chant ni parole, et que font-ils là-haut les morts qui n’ont plus l’usage du sommeil ni de l’amour, que font-ils dans la nuit quand on voudrait les entendre parler, raconter la vie désentravée de la chair et des mots quotidiens ? Que font-ils là-haut dans l’univers épandu comme un lait sans pis ni terme — dites, que faites-vous, mes morts, dans ce qui n’a ni commencement ni fin mais coule dans rien qui le contienne ? — Je suis là qui vous scrute, avec mon buste, avec mes membres, avec la pluie, le vent, sur mon visage et sur mes paumes ; muets cruels, mes morts : j’attends l’élargissement, là-haut, pareil au vôtre, et vous ouvrez la bouche, étoiles, mais vous ne dites rien.

Lionel-Édouard Martin, extrait de Faire avec, Soc & Foc, 2015.
Illustré par Nelly Buret.

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