Volée de sommeil

orage d'août

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3 heures — Le ciel prend un air de massacre dans la nuit.

Un horizon approximatif éclate de lueurs violentes dans le timbre atténué du lointain. Mais l’air, l’air indolent, chargé de semonces, l’air qui colle à la peau sa touffeur, déjà l’air dit la levée du vent.

Sommeil, sorti de l’obscurité, évadant le corps à demi-nu vers le dehors.

Le perron offre sa marche. Tu t’y assois, dos appuyé à la porte d’entrée, jambes campées dans la nuit estivale. Cette nuit sans couleur où peu à peu le ciel remonte vers toi, zébré de grondements de lumière.

Enfin le vent, obligée sentinelle, accueillie dans la reconnaissance d’un semblant de fraîcheur. Il entre sans bruit avant la foudre, et tu as tôt fait de ramasser au jardin tout ce qui traîne encore de linge et de fauteuils, nu-pieds dans l’herbe de soif où déjà se pressent l’escargot et la limace, dans cette bienveillante attente de la pluie. Il t’en restera un cadavre sous la plante du pied gauche, prestement rincé au robinet — cette matière gluante qui s’affale sous ta chair, tu maudis crûment son hasard sur ton tracé.

La nuit parle douceur et déchaînement de toute brève éternité, celle que tu interceptes en mots dans ta tête dans le désir d’en extraire quelque chose, un semblant de parole dont tu ne sauras que faire sinon la glisser dans un fragment ordinaire de la joie.

Il vient, l’orage, oui, il vient, pas trop pressé, mais dans l’enfilade imparable des éléments : branle sonore, souffle et mugissement, volée de pluie, déchirure dans le plan des astres et la foudre qui, à mesure, s’unit au plus près de son fracas.

Toi tu ne bronches pas, de sereine immobilité sous l’abri de l’auvent. Tu avales la nuit inquiète, tu comptes les secondes entre l’humeur foudroyante de l’instant et sa voix de tonnerre, et tu calcules. 300 mètres/seconde et tu multiplies : l’approche est lente et capricieuse, il couvre le ciel au sud, à l’est et finalement t’évite, les vieilles frayeurs de l’enfance dormiront dans leur jeune âge. Tu ne diras pas ce qui traverse ton esprit, la marche impondérable de l’homme vers sa destruction, les vies calcinées sous d’autres cieux, l’espérance lacérée au couteau.

Continue,

l’inertie du moment — à regarder la nuit comme il t’arrive parfois de le faire, longuement les yeux rivés sur la lune — n’est que minime, tranquille chambardement du sommeil. La succession régulière de l’éclair est aubaine dans l’embellie de la ténèbre.

          Continue,

le sommeil reprendra doucement le silence de sa course au repos neuf et apaisé de la nuit.

VB, Une nuit d’août 2014

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