Notes du bout du monde

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Murmures indistincts dans la forêt.
Marcher dans l’alternance des cavées de terre humide sous la futaie de hêtres.
Colosses dans leur souveraineté penchée, n fois centenaires.

Un feutre de lumière s’amortit paresseux entre chaque ogive feuillue dégouttant son reste de pluie.

Humilité.

Ne déranger ni ces harmonies de branches où l’oiseau piaule en mesure, ni l’irrévélé d’un monde sous humus que l’on tempête malgré je à chaque craquement de bois mort sous la semelle.

Et gravir, gravir encore. Viennent alors, dans le prolongement mûri de la course, d’âpres escarpements sous un ciel corrompu. Un pur silence de verdure où l’heure fait motus, l’infréquenté d’un temps lavé de tout bruit humain, où l’affût aérien de la buse fend brusquement l’air à l’aigu, ramenant la pensée jointe au corps dans l’ascension. Plus tard enfin, le souffle de crête : le pied au pas cassé sur le caillou tire sa victoire, quand bien même l’horizon vous refuse ses droits.

Il y a un axe écrit vers le haut-lieu du ciel, une avalanche de mots prisonniers qui n’ont pas encore voix ; reste dans la poche le carnet, à son blanc virginal. Pourquoi n’est-ce pas maintenant l’heure de traduire l’effort conjugué du muscle et de la volonté, le vif, et cette paix de frisson que la nue du sommet vient oindre à la peau ? C’est jour de silence, vivre est passage obligé qui ne jouxte qu’au lointain la venue de parole.

Temps d’assise.

La pierre, celle-là même tant aimée que l’on ramasse en tout lieu, elle est là qui perdure au-dedans comme au-dehors dans l’accident des chemins. Rocher, caillou, schiste laminé de gris, tranquille présence minérale qui ne semble jamais divorcer ici d’une herbe partout accrochée.

La vie est une fugitive. Je la regarde se glisser à l’à-pic des cascades, dévaler en eaux vives son bout de versant jusqu’au refuge de la vallée, femme merveille qui hante des lits torrentiels.

VB

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2 réflexions sur “Notes du bout du monde

  1. Chère Valérie,
    La vie est une géante. C’est l’humain le fugitif…
    Mais quel beau texte !
    Bien à vous, de ma Normandie pluvieuse, comme il se doit…
    Ghyslaine

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