Véronique Gentil ~ Fers

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jadis j’étendais des couleurs et les couleurs me ruminaient
et moi, dans leur panse,
j’étais bien

à la naissance de guerres et de précipités et de marais
reposants

des graisses et des sulfures débordaient sur des mondes

sans savoir où allait la peinture
je conduisais et je suivais
et j’étais bien

c’est difficile à expliquer mais même mal, j’étais bien

il y avait des axes et des chutes
puis comme d’immenses arbres ou d’eau ou de n’importe
quoi d’autre qui tombe
seulement des chutes

des adhérences, des fuites

les gris se mettaient sur la terre
les gris se mettaient partout

et les ciels se fermaient
la lumière pourrissait

mon cœur était une vase
mes mains marchaient sur les fruits

les horizons et les marges tranchaient

mais pour ainsi dire dans ma peinture pas d’humanité
ou une pauvre
d’argile

aujourd’hui, quand je regarde les tableaux, ce ne sont pas les tableaux que je regarde mais une vie entière qui n’est plus la mienne

et je suis bien

1ère-de-couverture_FERSVéronique Gentil, extrait de Fers
Le Vampire Actif, coll. Les Échappées, 2011
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► voir aussi Claire Laloyaux sur Aquarium Vert
► et Julie Proust Tanguy sur De Litteris

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