Chronique du quartier

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_____Le chat est mort, broyé dans l’impact d’un véhicule au sortir de la nuit. Je l’ai vu, vidé de son sang sur le gris de la chaussée, dans la rue d’en bas, sur le chemin de l’école. Un instant d’hésitation, pourtant c’est bien  lui, le gisant, viscères ouvertes dans l’air du matin, raidi dans son vêtement de maigreur. Ce n’est pas sa robe tachetée d’ordinaire que j’ai identifiée, mais bien cette silhouette malingre dont le fantôme glissait silencieux d’un jardin à l’autre, chipant la viande ici dans l’enfilade d’une porte mal close, embusqué là, au ras des épines, en  patience prodigieuse dans l’aguet. Les tourterelles ont ici leurs heures, coutumières des oliviers dont elle s’emparent à l’automne, œuvrant aux fruits abandonnés à la nature, en force cueillette de becs. Le chat à l’affut, maintes fois provoquait le déploiement brutal des ailes en repli cahotique vers le bleu.

La bohème, Karolus (dessin sur papier kraft)

La bohème, Karolus
(dessin sur papier kraft)

_____Que trouvait-il ici, ce chat famélique et mal aimé dont personne ne semblait vouloir ? Je l’ai vu souvent, rasant l’inhospitalité des murs, délogé à grand renfort de geste claqueur d’impatience, incité vertement à promener ailleurs sa carcasse. Nos yeux se sont croisé  combien de fois, lui, pugnace, à sa hargne de vivre coûte que coûte, moi, agacée parfois de sa nonchalance  et de cet air de défi souverain. À la curie des chats du quartier, je suis prête à parier  qu’il était le Teigneux, le félin hors-la-loi, celui qui prend, de ruse et d’audace, pour conjurer la guigne qui colle à sa peau de bête des rues.

_____Je ne l’aimais pas, ce putain de chat, moi qui les ai pourtant à la bonne ces bestioles.  De voir sa charogne mutilée baigner le jour entier dans les miasmes des pots d’échappement, un haut le cœur m’est venu. Le soir tombé, avant la fermeture administrative, les services communaux l’ont enlevée.  J’ai guetté l’indice d’une erreur au jardin, dans la ligne des haies, dans les trous de l’asphalte, au faîte des murets, mais le chat n’a pas reparu. Ni demain, ni encore, je présume.

_____Il manque un familier dans l’ordre du dérangement.

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