Dans la nuit de Supervielle (I)

© Photo Aleksandar Bonačić_Prozor

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Le monde est plein de voix qui perdirent visage
et tournent nuit et jour pour en demander un.
Je leur dis : « Parlez-moi de façon familière
car c’est moi le moins sûr de la grande assemblée.
— N’allez pas comparer notre sort et le vôtre »,
me répond un voix, « je m’appelais un tel,
je ne sais plus mon nom, je n’ai plus de cervelle
et ne puis disposer que de celle des autres.
Laissez-moi m’appuyer un peu sur vos pensées.
C’est beaucoup d’approcher une oreille vivante
pour quelqu’un comme moi qui ne suis presque plus.
Croyez ce que j’en dis, je ne suis plus qu’un mort,
je veux dire quelqu’un qui pèse ses paroles. »

Jules Supervielle, Le forçat innocent suivi de Les Amis inconnus,
 nrf Poésie/Gallimard,1969

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► Par Jean-Michel Maulpoix, Supervielle, le réconciateur

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Une réflexion sur “Dans la nuit de Supervielle (I)

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