Beauté ~ William Carlos Williams

.

Beauté
___________________― toute la ville détruite ! Et
les flammes qui s’élèvent

comme une souris, comme
une pantoufle rouge, comme
une étoile, un géranium,
la langue d’un chat ou ―

la pensée, la pensée
qui est une feuille, un
caillou, un vieillard
droit sorti d’une histoire de

Pouchkine              .

Ah !
des poutres pourries qui
s’écroulent,

une vieille bouteille
pulvérisée

La nuit ressemblait au jour à cause des flammes, flammes
dont il se nourrissait ― creusant la page
(la page en flammes)
comme un ver ― pour mieux comprendre

Que nous buvons jusqu’à l’ivresse pour être finalement
détruits (par cette nourriture). Mais les flammes
sont flammes avec une exigence, une outrance destructrices
qui leur sont propres ― comme il y a des feux qui
couvent
couvent très longtemps sans jamais
s’embraser

Des papiers
(consumés) éparpillés au vent. Noirs.
L’encre brûlée à blanc, le métal à blanc. Ainsi soit-il.
Viens, beauté transcendante. Viens vite. Ainsi soit-il.
Poussière entre les doigts. Ainsi soit-il.
Viens, futilité déguenillée. Triomphe.
Ainsi soit-il.

William Carlos Williams, Paterson, José Corti, 2005, pp. 126-127.
Traduit par Yves di Manno.

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2 réflexions sur “Beauté ~ William Carlos Williams

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