Pierre d’Aran ~ Dominique Sorrente

.

Ce qui nous dresse et nous prend les mains,
un paysage, souvent le même,
se détournant de la journée à peine finie.
Il vient vers nous,
illuminé,
comme si déjà nous l’avions aperçu.

*

Pirogue sur les têtes anciennes.
Noire et noire dans les sables.

Le primitif s’est uni aux marcheurs
sur l’autre bord
où plus aucun îlien ne va.
Laissant les traces figurantes,
attendant l’éclaircie.

Posé devant les yeux, le doigt
d’un signe plombe la mer
au-dessus des milliers d’années de chaos.

*

Les habitants se sont assis en cercle
pour raconter l’histoire de leurs animaux.
Ceux-là ne séparent plus le ciel
et ne séparent plus la terre.
De mémoire, ils perpétuent des usages
dont la valeur s’est éloignée.

Il y a un grand châle au milieu des hommes.

Dominique Sorrente, Pierre d’Aran (extrait), La combe obscure,
Cheyne éditeur, 1985

Publicités

5 réflexions sur “Pierre d’Aran ~ Dominique Sorrente

  1. Le goût fin et sûr de Cheyne qui sait mettre en valeur la poésie de Dominique Sorrente. Très bel extrait qui donne envie de se laisser emporter par le reste du texte.

    • Aran – ( http://ecritscrisdotcom.wordpress.com/2012/09/20/aran-rc/ )

      Trois petits galets dans l’Atlantique,
      Trois vaisseaux de pierre,
      Striés dans leur chair,
      Au sol de calcaire

      Dressent un parcours de murs,
      Autour d’une terre maigre,
      Et d’herbes arrosées d’eau salée
      Lorsque fond un ciel liquide

      Où le gris, dispute de l’océan, l’indigo
      Trois petites îles se suivent
      D’un voyage immobile,
      Au Connemara, voisines.

      Les soeurs sont sentinelles,
      Don Aengus est toujours là
      A surveiller l’horizon
      Depuis les falaises noires,

      Au choc profond des vagues.
      Les maisons blanches adossées aux rocs,
      Se font lumière, aux ciels de plomb,
      Résistent et s’entêtent

      Au courroux des tempêtes,
      Et aux vents qui les fouettent.
      Les îles, échouées sur un socle qui tangue,
      Subissent les éléments qui les poussent,

      Et où bien peu d’arbres, moussent.
      Les hommes qui vivent là,
      Aux longues histoires de pêche,
      La cicatrice de générations de noyés,

      Ont le regard dilué d’eau fraîche.
      Vêtus en laine , de leurs troupeaux,
      Laissés pour compte de leurs terres pauvres,
      Ils ont vécu longtemps coupés du monde

      L ‘oral d’un gaëlique d’antan
      ………………..Sur les îles d’Aran.

      RC – 18 septembre 2012

  2. Merci Valérie pour cette belle attention et la griffe visuelle. C’est troublant comme les lieux se promènent sans nous, et les scènes également; et encore ce fragile retour par les mots déposés.
    Comme si la parole poétique devait passer par une cure assidue des terres d’oubli.
    Que ce livre soit épuisé chez Cheyne (quelques extraits repris dans Pays sous les continents, MLD, 2011, éditeur qui a fermé ses portes) ne rend que plus étrange cette impression de rareté…Des îlots, peut-être…On continue de chercher le mode d’emploi de la dérive poétique des continents…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s