Clemente Rebora ~ O carro vuoto sul binario morto

.

O carro vuoto sul binario morto,
ecco per te la merce rude d’urti
e tonfi. Gravido ora pesi
sui telai tesi;
ma nei rantoli gonfi
si crolla fumida e viene annusando con fascino orribile
la macchina ad aggiogarti.
Via dal tuo spazio assorto
all’aspro rullare d’acciaio
al trabalzante stridere dei freni,
incatenato nel gregge
per l’immutabile legge
del continuo aperto cammino:
e trascinato tramandi
e irrigidito rattieni
le chiuse forze inespresse
su ruote vicine e rotaie
incongiungibili e oppresse,
sotto il ciel che balzàno
nel labirinto dei giorni
nel bivio delle stagioni
contro la noia sguinzaglia l’eterno,
verso l’amore pertugia l’esteso,
e non muore e vorrebbe, e non vive e vorrebbe,
mentre la terra gli chiede il suo verbo
e appassionata nel volere acerbo
paga col sangue, sola, la sua fede.

Clemente Rebora, da Frammenti lirici (1913)
in Clemente Rebora, Le poesie, 1913-1957, All’insegna del Pesce d’Oro, Milano 1987

.

© Photo Robert Kissel

© Photo Robert Kissel

.

Ô wagon inerte sur le quai mort,
voici pour toi la cargaison heurtée de rudesse
et de bruits sourds. Plein, à présent, tu pèses
sur les châssis tendus ;
mais parmi les râles poussés
s’avance enfumée, reniflante, horriblement charmeuse
la motrice qui vient t’accrocher.
Aspiré de ton lieu de repos
vers l’âpre roulement d’acier
vers les cahots stridents des freins
enchaîné au troupeau
par l’immuable loi
de l’éternel tracé ouvert :
et traînant tu transmets
et raidi tu retiens
les forces enfermées, muettes
sur les roues proches et les rails
impossibles à unir et comprimées,
sous le ciel fantasque qui
dans le labyrinthe des jours
dans la croisée des saisons
contre l’ennui lâche la bride à l’éternel,
vers l’amour taraude le diffus
et il ne meurt pas et le voudrait, et il ne vit pas et le voudrait,
tandis que la terre lui réclame son verbe
et dans la passion de son âpre vouloir
elle paie de son sang, seule, sa foi.

Traduction © Valérie Brantôme – 2013

_______________________________________________________

Rebora► Brièvement sur C. Rebora :

Clemente Rebora, né à Milan en 1885, mort à Stresa (province de Novara) en 1957. Il publia ses premiers poèmes en 1913. Prendre part aux combats de la Première guerre mondiale fut pour lui une expérience des plus angoissantes, au point qu’il fut réformé pour maladie mentale. Sa conversion religieuse (il choisit d’entrer chez les Pères rosminiens)  marqua fondamentalement son existence d’auteur. Dans la dernière période de sa vie, il revint à la poésie, dorénavant d’empreinte exclusivement religieuse.

Il ne convient cependant pas d’envisager ses deux périodes d’écriture poétique comme totalement séparées l’une de l’autre d’un point de vue idéologique : ce que le poète exprime d’un bout à l’autre de son existence relève toujours d’un profond conflit intérieur, qui, au travers de ses poèmes, ne rejoindra le désir de communion à Dieu qu’à partir de sa seconde période.

Parmi ses recueils, retenons Frammenti lirici (1913), Curriculum vitae (1955), Canti dell’infermità (Chants de l’infirmité, 1956),  œuvres de lecture parfois malaisée en ce que Rebora, faisant usage  d’une langue fortement personnalisée, déforme les vocables, change la construction ordinaire des verbes, invente des métaphores et synesthésies déroutantes.

► en italien, SITE consacré au poète

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s