L’horloge

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Théâtre.

Rythmé au timbre d’un bronze d’horloge. Serait comme un vocable d’emprunt donnant sa voix de saison au dit de Novembre. Ce tintement régulier, arrondissant l’air de coups amortis, accrus à mesure qu’ils pincent le jour vers son rétrécissement. Un murmure traversier.

Il y a là une lente sérénité grise faisant décor au ciel, quand les eaux, passé l’été, ont cessé d’être providence et viennent mouiller de froid la marche aventureuse des passants. Parmi eux, l’étrangère main glissée dans ta paume, pas serrés, contigus, dans le cycle frappé de la pluie. À l’entour, les terrasses en leurs tentures, abris de fauteuils colorés, à peine évanouies de leur dernier soleil. Les voici qui s’effacent sous la poussée nouvelle des chalands que l’on dresse à la course de Noël ; d’année en année, avançant toujours un peu plus le compte à rebours, fleurissent, de rouges, d’ors et de bois, ces baldaquins voués à la promesse d’occuper l’avant-garde juteuse de l’hiver. Sommes-nous conquérants de haute lutte parlant leur exil ? Ou humbles passagers d’un train d’automne venus cueillir des fruits de patience… ?

La ville en ses airs feutrés de silence. Les dalles en contrepoint entonnent le claquement sec des talons, à suivre quelque zigzag amoureux au hasard de vieilles rues préservées du chaos. La faim au ventre et bientôt l’antre paisible et chaud d’une table à la cour d’un miracle. Opulence et mélodie : mais d’où vient que ce temps de la simplicité suffisait à combler parfaitement le battement des heures ? Mains et regards clairs où le rire prend d’assaut la parole, annihile le gris du dehors et se mêle de prolonger en un autre ailleurs le langage de la faim.

L’obscurité pouvait bien dérouler sa brume balayer son déluge baigner jusqu’à l’os les attardés de la fête, la pénombre aux clartés réverbères savait fort bien vivre des absents que nous étions. Et les vitres avalanchées de gouttes d’étoiles épiaient le râle de la nuit qui tisse d’inattendus sortilèges, syllabes énigmatiques échappées d’un chant blanchi d’ivresse. Levées jusqu’à l’aube, ces douceurs de feu que les peaux livrèrent au combat, en de singulières euphories paillardes mâchant leur langue susurrante, en motions unies jusqu’à la transe dans le balancier des heures.

Valérie Brantôme, On dit le temps

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