Lambeaux d’un duo mortel ~ Mario Luzi

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« Plus de longs poèmes, je suppose.
L’âme brûle rapidement son écorce,
l’esprit dévore la métaphore,
le sens est foudroyant » — conclut-il,
mûr, peut-être à son zénith
et pour cela, je crois, désarmé
tandis qu’elle, captive du bois,
ne répond pas, ne lui jette aucun regard
depuis leur vieille complicité, déjà sourit à autre chose
entre les tours de lumière et les nombreux puits d’ombre, au coeur du bois.  Au coeur.

*

Et lui de nouveau la tente, la force à un accord
dont il se croit sûr, tant il est ancien, et entonne :

Enfin naît un jour
en rien différent des autres
où quelqu’un, gâté par les abus, avance
entre les verrières polies
le long des bandes lumineuses
et se reconnaît à peine
dans l’image qui lui revient,
c’est la sienne, on dirait celle d’une ombre

et soudain il ne connaît plus de passé
qui vraiment lui appartienne, même la part
bourgeonnante, même la part lancéolée
de son printemps ne le pique plus,
coquille vide de cigale
qui a stridulé un été
mais ne sait plus lequel — oui,

et pourtant la vie fait bruire autour de lui,
nombreux jusqu’au délire,
des mots qui ne viennent pas du coeur, des mots qu’il ne comprend pas,
alors qu’elle tait le seul
qu’il voudrait connaître,
aussi la croit-il muette, la dit-il menteuse

et elle, de son visage sournois
que fripe l’insomnie,
lui lance encore une œillade, étend
comme une trace brillante et tortueuse autour de lui —

cela et tant d’autres choses que par divination et science
nous savons bien du gouffre
d’iniquité toi et moi
soudés l’un à l’autre par le nœud indivisible
du bonheur et de la chute

ici dans l’air suspect
où s’affaissent les empires
dans leur orgueil pressuré
dans leur économie ad patres
vie qui survient pour la vie
ou retombe le long de l’échelle
de son impossible accomplissement —

Tout à fait comme, dans le train, celui qui dort
et se sent entouré d’un pays bien connu — tout à fait ainsi
elle le regarde, pense à autre chose et laisse glisser son pensum,
à lui, je veux dire, mon sosie, non ! mon frère perdu.
Ta plainte n’a-t-elle pas d’autres mots ? —

enfin elle est bien décidée à l’interrompre, folle,
renversant les accents de la rengaine jusqu’à la pleine langue,
remontant les notes de la gamme jusqu’à la musique des musiques, peut-être.

*

La spirale de souffrance qu’elle a gravie
jusqu’à la hauteur, maintenant, d’où elle lui parle,
détendue, trop douce même,
et, avec ironie et grâce, seulement,
sourit à une caresse désormais à contretemps
qu’à la fois par mégarde
et lâcheté en minimisant il lui prodigue —

Un ver en comparaison d’elle,
d’accord. Et pourtant il sent la lame,
en lui, de l’advenu : il s’affine
alors en un spasme tardif, lui le lombric, il brûle
du désir — qu’elle ignore
ou feint d’ignorer, l’attisant peut-être —
de la rejoindre en haut,
là où est maintenant le zénith
de la possible conjonction
de la libération réciproque.

*

Et maintenant, hors de la pellicule-voile
de sa coquille opaque, elle parvient à le voir,
en rien différent de l’eau
qui ne coulant pas, croupit — lui
ou, plus intense que lui,
quelque chose dans ses contours insaisissables,
le je ne sais quoi non révélé,
l’origine simple origine,
qui n’a pas d’histoire, pas d’image,
ce que taisent hommes et anges :
et en elle resplendit elle aussi
dans son ardeur de source

mais tard, quand déjà de la porte de la maison
il la salue, la salue humblement.

*

En eux-même ou comme image d’autre chose ?  — eux deux,
je veux dire, liés à leur combat,
unis par lui…
……   ……….. Elle s’esquive
en souriant au coeur de ce dilemme,
par malice qui sait,
par jeu ou fidélité à son essence.
Il ne trahit pas une moindre
ubiquité à son partenaire,
quel qu’il soit, qui laisse le signe,
net, de son tourment dans mes reins  —
je m’en aperçois : et je ne peux que les imaginer
l’un et l’autre happés au fond
de moi, plus que moi-même, entre lumière et temps.
.

Mario Luzi, extrait de Au feu de la controverse (1971-1977) – Milan, 1978.
in Dans l’œuvre du monde, Orphée La Différence, 1991.
(trad. Philippe Renard & Bernard Simeone)

► En V.O. ci-dessous

 

 

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Brani di un mortale duetto .

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« Non più lunghi poemi, suppongo.
L’anima brucia rapidamente la sua scorza,
la mente divora la metafora,
il significato è fulmineo » — argomenta
maturo, forse al suo apice
perciò, credo, in disarmo
mentre lei catturata dal bosco
non risponde, non gli volge uno sguardo
dall’antica complicità, sorride già ad altro
tra le torri di luce e i molti pozzi di oscurità, nel folto. Nel folto.

*

E lui di nuovo la tenta, la sforza ad un’intesa
di cui si crede certo, annosa com’è, le intona :

Finchè nasce un giorno
non diverso in nulla dagli altri
che uno, sfatto dall’abuso, avanza
tra i cristalli bruniti
lungo le bande luminose
e quasi non ravvisa se stesso
nell’immagine che gli ritorna,
è sua e la direbbe di un’ombra

e a un tratto non conosce passato
che veramente gli appartenga, nemmeno
il gemmeo, nemmeno il lanceolato
della sua primavera lo punge
guscio vuoto di cicala
che ha strillato un’estate
ma quale non ricorda — sì,

eppure la vita gli stormisce attorno
numerose fino al farnetico
parole non dal cuore, parole che non intende
però tace la sola
che lui vorrebbe conoscere
così la pensa muta, la dice bugiarda

e lei da un volto subdolo
gualcito dall’insonnia
gli ammicca ancora, gli stende
intorno come un allumacatura tortuosa —

questo è molto altro che per divinazione e scienza
si sa bene del gorgo
d’iniquità tu ed io
stretti insieme dal nodo indivisibile
della felicità e della caduta

qui nell’aria sospetta
dove gli imperi si afflosciano
nel loro orgoglio spremuto
nella loro economia a patrasso
vita che accade per la vita
o ripiomba lungo la scala
del suo impossibile adempimento —

Proprio come un treno chi dorme
e si sente fasciato da un paese ben saputo — proprio così lei lo guarda, pensa ad altro e lascia che scorra il suo papiro,
di lui, dico, mio sosia, no mio fratello perduto.
Non ha altre parole il tuo lamento ? —
infine è ben decisa a interromperlo, pazza,
ribaltando gli accenti dalla solfa fino alla piena lingua,
risalendo le note della scala fino alla musicia-musica, forse.

*

La spirale di sofferenza per cui è salita
all’altezza, adesso, da dove gli parla,
distesa, anche troppo mansueta
anzi, e solo con grazia ed ironia
sorride a una carezza ormai fuori tempo
che lui sbadatamente
un poco, un po’ per viltà minimizzando le propina —

Un verme a paragone di lei,
d’accordo. Se non che sente la lama,
dentro, dell’accaduto : s’affina
allora in un tardivo spasmo lui il lombrico, brucia
nel desiderio che lei ignora
o finge — e magari lo propizia —
di raggiungerla in alto
nel punto dov’è ora lo zenith
del ricongiungimento possibile,
della liberazione reciproca.

*

E ora, fuori della pellicola-velame
del sui guscio di opacità riesce a verderlo
non diverso dall’acqua
che se non scorre si ammala — lui
o più intenso di lui
qualcosa nei suoi contorni imprendibili,
il quid non rivelato
l’origine solo origine
che non ha storia ne immagine,
il taciuto da uomini e angeli :
e ne sfolgora anch’essa
nel suo fervore di sorgente

ma tardi, quando già dalla porta di casa
la saluta, la saluta umilmente.

*

In sé come immagine d’altro ? — i due,
dico, legati al loro combattimento,
unito da esso…
……………….Sguscia via
sorridendo lei tra questo dilemma
chi sa per malizia
gioco o fedeltà alla sua essenza.
Non meno profonda ubiquità
di lei tradisce il suo partner,
chiunque sia, che lascia il segno,
netto, della sua tribolazione nelle mie vertebre —
m’avvedo : e non posso non pensarli
l’uno e l’altra risucchiati nel fondo
di me più di me stesso tra luce e tempo.

Mario Luzi, da Al fuoco della controversia,
Milano, Garzanti, 1978.

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