De vague en vague ~ Lionel-Édouard Martin

© Photo Justine Martin

Première vague ~ Haïti, Janvier 2002

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La retourner, l’île gant : chair dessus à brûler dans le temps bleu, peau vers  la pierre, l’oeil, la braise intérieure. L’arbre fondra comme doigt de glace, puisant tout sens dans son inexistence, soluble en mer ligneuse alors, naufrageuse repentante,

Écume écrite

Au fusain dans sa paume.

[…]

Porteuse, en équilibre sur sa tête, d’une grappe de paniers neufs, celle qui marche à plein sol paraît légère de son faix d’osier tressé : une phrase, fût-elle riche d’épithètes, ne lui pèserait pas plus, qu’elle tournerait dans sa bouche comme on chantourne du bois. Non qu’elle parle, ni fredonne : silence au creux des paumes et de la gorge où s’ensouche (on croit) la pièce d’or porte-bonheur. Ella va, taiseuse, parmi la parole de l’île, alphabet en essaim posé sur son front retombant jusqu’aux lombes, souteneuse d’archipels comme caparaçonnée, de buste en cap, de mots réalisés.

[…]

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Quatrième vague ~  Martinique,  Mai – Juillet 2002

Ulysse parle :

« Paroles adultes, dire de grand, amour ou commandement, rire à la taverne parmi le vin bourru, constellent d’îles nouvelles l’entour de l’île d’enfance, comme les mois de canicule parsèment d’îles rousses les visages naïfs aux longs yeux de mer,  — font archipel, à jets de passerelles entre les mots éploient un continent  — versent de la terre dans la vague, et toute vie humaine, qu’est-ce d’autre en somme que de la glèbe gagnée sur les eaux, dont l’herbe garde en tête les marées fouisseuses de mangroves, langue insinuée dans le moindre trou de crabe…

Ithaque, Ithaque en ma mémoire intacte […] »

Qui va de vague en vague, liant d’écholalies, au large des baies, des golfes et des passes, les lieux sans nom ni mémoire de la mer :

Le thon lisseur d’eaux,

Créateur d’îles par le seul incarnat de son œil s’il mire, faisant surface, les terres sans hommes ni sans barques…

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Lionel-Édouard Martin, extraits de Ulysse au seuil des îles, Ibis rouge, 2004

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Ulysse parle ici, aussi et dans l’anse de Terres de Femmes.
► Recension du recueil, sur le site De Litteris

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