Ensemble ~ Guillevic

.

III

.
Tu te réveilles…

Tu vois encore de grands trous d’ombre,
des gueules ouvertes, des dents de roche,
un grand feu
léchant le métal.

Tu as vu, retiré de la mer incendiée,
le sel bouchant le noir des longs couloirs brûlés,
le mouvement des grandes masses d’eau — tu te souviens
de la clameur de leur défaite.

Tu glissais parmi le chaos,
poussant les roches au rire,
cherchant l’amitié du feu.

Tes flancs, ta bouche accouchaient les végétaux,
les animaux criant d’espoir et s’en allant
attendre la poussée de leur chair exigeante.

Tu faisais claquer la lagune sur ta langue,
tes doigts montaient dans les écorces,
tu collais à ta peau toute l’argile.

.

IV
.

Et c’est encore un jour
et c’est sans rémission,
dans la trouée béant
vers d’autres lieux pareils

Où l’univers
est sans secret

.

V

.
Quelque part en toi
où nul oeil ne voit

Tu rumines ta plaie
comme du verre pilé.

.

Eugène Guillevic, extrait de Terraqué, 1942 – (suivi de Exécutoire) Poésie/Gallimard, 2008.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s