Sous un amas d’étoiles ~ René Char

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ÉVADÉ D’ARCHIPEL

Orion,
pigmenté d’infini et de soif terrestre,
n’épointant plus sa flèche à la faucille ancienne,
les traits noircis par le fer calciné,
le pied toujours prompt à éviter la faille,
se plut avec nous
et resta.

Chuchotement parmi les étoiles.

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ÉLOQUENCE D’ORION

Tu te ronges d’appartenir à un peuple mangeur de chevaux, esprit et estomac mitoyens. Son bruit se perd dans les avoines rouges de l’événement dépouillé de son grain de pointe. Il te fut prêté de dire une fois à la belle, à la sourcilleuse distance les chants matinaux de la rébellion. Métal rallumé sans cesse de ton chagrin, ils me parvenaient humides d’inclémence et d’amour.
Et à présent, si tu avais pouvoir de dire l’aromate de ton monde profond, tu rappellerais l’armoise. Appel au signe vaut défi. Tu t’établirais dans ta page, sur les bords d’un ruisseau, comme l’ambre gris sur le varech échoué ; puis, la nuit montée, tu t’éloignerais des habitants insatisfaits, pour un oubli servant d’étoile. Tu n’entendrais plus geindre tes souliers entrouverts.

René Char, poèmes extraits de Aromates chasseurs, Gallimard, 1975.

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