Tchicaya U Tam’si ~ Contre-destin

Terre d’Afrique, Arnold Livingstone
Acrylique sur toile

.

À la hauteur des vents
hisser les poitrails
tout sauvegarder
le rire blanc
et le soleil rouge et natal

ébène ebony blues
chant toujours rage

Il n’y a plus de soleils couchants
Il y a l’herbe vorace
Il y a le feu plus vorace
les peines poilues des bras pauvres
les transes
mimées
quelle agonie

j’aurais pu être sicaire
au service de la reine ngalifourou
je n’ai même pas eu cet alibi

je confesse
j’ai eu des vices
mais ai-je pu
supporter
qu’on batte les enfants
leurs pères et mères
devant les uns les autres

me voici aux limbes de toutes souffrances
bossu
quelle audace m’a ouvert les bras ?
avec les tempes crevées

par des longitudes onéreuses
il ne faut pas l’amour
qui ne gagne à la race

ô mes expédients
et j’ai encore chiné
non laissez-moi aimer sammy

de toutes mes forces
je tourne le dos aux voluptés
laissez-moi vivre pour vous

mais non
pauvre
l’encens le pus on s’étonne

j’ai trimé mes jeunesses
j’ai dû faire le fou
pour mon premier gain
une coqueluche
j’ai paré ma gorge d’éclats de verre multicolores
j’ai souhaité le coup de pied au cul de la chance
mon deuxième gain
une petite vérole du cervelet

et je ne sais plus comment me sauver
j’ai rêvé de revenir ainsi
dans mon village
les yeux derrière des verres fumés
il m’a fallu craindre mon sorcier

j’ai sauté à la mer
avec mes insomnies charnelles

j’ai le sel plein la tête

ce soir armer mon peuple
contre son destin
il le faut pour ne nommer après
d’un chiffre d’or
il a gagné la mort
vive l’amour

Tchicaya U Tam’si, extrait de Le mauvais sang, P.J. Oswald, 1955.

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► Tchicaya U Tam’si, bio-biblio sur Wikipedia

► Pour une entrée en matière dans son oeuvre : recension de Béatrice Bloch sur Fabula.org à propos de l’ouvrage de Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain, De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si

 ► Sur la récente publication des œuvres de Tchicaya U’ Tam’si aux éditions Gallimard, voir la présentation de Frédéric Fiolof sur La marche aux pages.

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2 réflexions sur “Tchicaya U Tam’si ~ Contre-destin

  1. Oui,ça fuse un peu en multi-directionnel. En même temps, c’est ce qui est intéressant parfois dans la parole du poète : oublier le mot d’ordre, consentir au jaillissement spontané. Des feux sur la terre d’Afrique. J’aime ici.

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